ETUC
17/03/2005

La CES dénonce le mythe d’une généralisation de l’augmentation de la durée de travail

Selon John Monks, Secrétaire Général de la Confédération européenne des syndicats (CES), “En deux semaines, plusieurs dizaines de milliers de travailleurs européens vont descendre dans les rues de Bruxelles pour exiger plus et de meilleurs emplois. Cependant, l’Europe ne créera pas beaucoup plus d’emplois si ceux qui ont déjà un emploi sont forcés de travailler plus longtemps, comme certains employeurs, voire gouvernements, envisagent de leur imposer. Et avec des travailleurs coincés 40 heures par semaine ou plus au travail, la qualité de l’emploi baissera et le niveau de stress augmentera."

 

Depuis l’été 2004, deux nouveaux contes de fée ont fait le tour de l’Europe. Le premier est que dans les principaux pays, les travailleurs et les syndicats se sont mis d’accord pour instaurer une augmentation de la durée de travail hebdomadaire. Le second est que le fait de travailler plus longtemps créera plus d’emplois.

Un rapport de la CES montre que ceux deux affirmations sont fausses :

-  Les accords augmentant le nombre d’heures de travail hebdomadaires sont limités et ne concernent qu’une petite fraction de l’ensemble des travailleurs. Ce qui est plus fréquent, ce sont les accords qui tendent à équilibrer la flexibilité de l’aménagement du temps de travail avec d’autres aspects tels qu’une sécurité de l’emploi accrue ou l’augmentation du nombre des formations pour les travailleurs, par exemple.

-  Il est clair que les employeurs donnent le ton. Un grand nombre de ces accords équilibrés sont complètement dénaturés pour pouvoir faire chanter les travailleurs sur un autre aspect. Par exemple, tant aux Pays-Bas qu’en Belgique, les employeurs se sont plaints que l’ensemble des travailleurs allemands sont repassés à une semaine de 40 heures, sans rémunération complémentaire. Cela n’est tout simplement pas vrai !

-  Des études menées en Allemagne (Citigroup) et aux Pays-Bas (Centraal Planbureau) démontrent que l’augmentation de la durée de travail ne crée pas des emplois supplémentaires. Le bon sens dicte que l’augmentation de la durée de travail implique une plus grande production et requiert de maintenir les emplois existants. Et comme une hausse de la demande ne tombe pas du ciel, l’augmentation de la durée de travail détruit l’emploi, fait grimper le taux du chômage, entraîne une modération salariale encore plus importante et conduit l’économie au bord de la déflation.

-  Même les sombres résultats de ces études nationales sont trop optimistes. Si comme certains le proposent, l’augmentation de la durée de travail devient une réalité pour l’ensemble des travailleurs européens, la demande d’exportation supplémentaire découlant d’une compétitivité accrue, ne se concrétiserait pas.

L’Europe ne devrait pas réagir au défi du ‘business on the move’ en optant pour le ‘low road’ ou une baisse des salaires et une augmentation de la durée de travail. Le rapport de la CES identifie également des pratiques de négociation collective durable qui sont pour l’innovation, la productivité et le réajustement :

-  Pratiques allemandes de négociation collective sur le travail ’plus intelligent’.

-  Accords de réajustement suédois et finnois pour les travailleurs licenciés dans le cadre d’une restructuration.

-  Accord germanique d’IG-Metall sur l’augmentation de la durée de travail (rémunérée !) pour les travailleurs impliqués dans des activités novatrices et pour lesquels il existe un goulet d’étranglement sur le marché du travail.

Annexe : ‘Myths and facts about working longer hours in Europe : A note from the ETUC’(en anglais seulement)



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Dernière modification:juin 22 2009.