
Réunion informelle des ministres de l’Emploi et des Affaires sociales
Discours prononcé par John Monks, Secrétaire général de la CES, à la réunion informelle des ministres de l’Emploi et des Affaires sociales.
Je vous remercie pour votre invitation à être des vôtres aujourd’hui, avec mon syndicat et mes collègues partenaires sociaux.
Nous vivons un moment important. L’Europe occidentale traverse sa pire crise économique depuis la Deuxième Guerre mondiale – même si l’Europe orientale a, bien entendu, elle aussi connu des crises graves.
On est en train de supprimer les incitants budgétaires, l’austérité est une mode européenne presque universelle, et la fragile relance est menacée. Les gouvernements suivent l’exemple de leurs prédécesseurs dans les années 1930.
Par rapport aux autres grandes puissances mondiales, l’Europe occupe sans doute la position la plus difficile, avec de faibles perspectives de croissance, un chômage en hausse et le problème particulier de l’emploi des jeunes ; les temps sont durs pour un jeune qui quitte l’école ou le collège.
Par rapport aux autres grandes puissances mondiales, l’Europe occupe sans doute la position la plus difficile, avec de faibles perspectives de croissance, un chômage en hausse et le problème particulier de l’emploi des jeunes ; les temps sont durs pour un jeune qui quitte l’école ou le collège.
En accord avec nos partenaires sociaux, la CES a récemment trouvé un accord sur l’UE 2020 qui réclame – il faut le souligner – des politiques de croissance, de nouvelles politiques industrielles, une attention particulière au développement de technologies vertes et à faible teneur en carbone, et un soutien à la recherche et au développement. La Commission européenne a accueilli cet accord avec satisfaction mais peu d’éléments incitent à penser qu’il conduira à une quelconque mesure.
Au contraire – et les notes de travail relatives à cette réunion confirment cette impression.
• Les débats actuels des ministres de l’emploi se concentrent autour de l’idée qu’il faut, d’une part, accroître l’offre de main d’œuvre, et d’autre part, augmenter l’âge de la retraite pour faire face au vieillissement de la population. Il n’est que peu tenu compte aujourd’hui du nombre élevé de demandeurs d’emploi et du manque criant d’offres d’emploi. L’augmentation du chômage, les gels et les réductions de salaires, les coupes dans les dépenses sociales, l’extension de l’âge de la retraite, l’affaiblissement de la protection de l’emploi – telles sont les réalités actuelles et donc les vraies priorités pour nous.
• Dans le (petit) paragraphe qui stipule que l’accent « pourrait » aussi être mis sur la « demande » de main-d’oeuvre, la solution proposée est insatisfaisante (le « développement de l’esprit d’entreprise et des PME dans les secteurs verts et blancs »). De plus, l’idée de « réformes des régimes de travail et d’imposition » refait immédiatement surface, ce qui ramène le débat sur la « demande de main-d’œuvre » à « l’offre » du marché du travail.
Bien que l’esprit d’entreprise soit encouragé, il semble parfois que l’emploi doive être discipliné. Tel est du moins, je pense, le sens de l’expression « cadres appropriés de fixation des salaires et évolutions des coûts salariaux à surveiller ».
• Bien que l’esprit d’entreprise soit encouragé, il semble parfois que l’emploi doive être discipliné. Tel est du moins, je pense, le sens de l’expression « cadres appropriés de fixation des salaires et évolutions des coûts salariaux à surveiller »
• « Réforme du marché du travail destinée à éliminer les entraves à la croissance et à la compétitivité » est une autre manière de dire qu’il y a suffisamment d’emplois pour autant que les marchés de l’emploi rigides et les droits des travailleurs soient « flexibilisés ».
• On a l’impression que les conseils formulés au cours des dernières décennies en matière de politique n’étaient pas faux ; ils doivent simplement être mis en œuvre et les partenaires sociaux (syndicats) sont invités à soutenir politiquement la volonté de dérégulation.
Tout ceci donne l’impression d’un agenda hostile aux intérêts de la main-d’oeuvre. Pour preuve, le fait que la « qualité de la main-d’œuvre » a tout simplement disparu de l’agenda ou est traitée comme étant la responsabilité des travailleurs individuels (« si vous voulez de bonnes conditions de travail, ne réclamez pas une formation à votre employeur ! »). La présidence belge de 2001 a joué un rôle majeur pour remettre la « qualité du travail » sur la table. Il doit en être de même aujourd’hui. La Commission européenne encourage apparemment l’augmentation de l’âge de la retraite. Une telle mesure est imprudente et ne fera que renforcer l’euroscepticisme et l’hostilité.
Si l’UE veut rester convaincante dans l’avenir, cette vision partielle doit disparaître. Les ministres des affaires sociales et de l’emploi – et la DG Emploi - doivent d’urgence s’opposer au lobby financier plutôt que s’accommoder des désirs changeants du marché financier irrationnel et de ses acteurs. Nous avons volé au secours des banques et pourtant, les bonus et les dividendes sont de retour alors que de nombreuses institutions financières restent vulnérables, comme les stress tests pourraient le montrer. Les ministres de l’emploi doivent être de notre côté ; le côté de l’économie réelle et des emplois.
Avez-vous trouvé cette page intéressante ?
Avez-vous un commentaire ?
Vous pouvez répondre à cet article ici.