ETUC

Sommet syndical Union européenne – Amérique latine et Caraïbes

Discours de la CES, lors du Sommet syndical Union européenne – Amérique latine et Caraïbes le 04-05 mai 2010.

 

Chers collègues,

C’est la cinquième fois que nous nous réunissons pour un sommet syndical entre l’Union européenne, l’Amérique latine et les Caraïbes.

La CES attache beaucoup d’importance à cette relation et souhaite l’approfondir davantage.

Nous aurons au cours des deux prochains jours l’occasion de faire le point sur les suites de la réunion de Lima il y a deux ans et de préparer la prochaine étape.

Nous résumerons nos conclusions sous la forme d’une déclaration que nous présenterons au premier ministre espagnol, José Luis Rodríguez Zapatero, qui assume actuellement la présidence tournante de l’UE, lors du sommet qui se tiendra dans quelques semaines.

Être syndicaliste aujourd’hui n’est pas facile, des deux côtés de l’Atlantique.

Et il n’est pas facile aujourd’hui de se tourner vers l’extérieur dans le contexte de crise économique et financière, qui pousse les gouvernements et les personnes à se replier sur eux-mêmes, à ériger des barrières, à mettre en cause les autres – les étrangers. Nous observons ce phénomène au sein même de l’UE, de cette alliance qui est supposée montrer au monde les avantages d’une union toujours plus étroite.

Et il n’est pas facile aujourd’hui de se tourner vers l’extérieur dans le contexte de crise économique et financière, qui pousse les gouvernements et les personnes à se replier sur eux-mêmes, à ériger des barrières, à mettre en cause les autres – les étrangers. Nous observons ce phénomène au sein même de l’UE, de cette alliance qui est supposée montrer au monde les avantages d’une union toujours plus étroite.

Mais la CES s’oppose à cette dangereuse introspection, qui ne peut être que synonyme de désastre pour l’ensemble d’entre nous.

Nous en appelons à la solidarité dans notre maison européenne. À commencer par la solidarité avec les travailleurs et les citoyens grecs, avec ce pays dans lequel s’enracinent nos démocraties et qui subit les attaques violentes des spéculateurs, qui menacent aussi le Portugal et ce pays, l’Espagne.

Et nous en appelons à la solidarité avec l’étranger, et notamment les travailleurs et les peuples d’Amérique latine et des Caraïbes, auxquels nous sommes étroitement liés.

Notre stratégie commune, adoptée lors du sommet de Rio en 1999 et réaffirmée par la suite, récemment à Lima, consiste à soutenir le développement d’associations politiques qui renforcent les processus d’inclusion et de cohésion sociale en Amérique latine. Elle consiste à promouvoir l’unité régionale et les accords bilatéraux entre l’UE et ces régions : avec le Mercosur, la Communauté andine, l’Amérique centrale et les Caraïbes.

Nous avons tenu à préciser que ces accords doivent être équitables et contribuer au développement. Nous avons œuvré pour la construction d’institutions démocratiques et la participation des syndicats. Nous avons plaidé en faveur de processus d’inclusion pour garantir le respect général des droits de l’homme, y compris les droits des travailleurs, et mettre un terme à l’impunité qui persiste dans certains pays.

Comme syndicats, notre objectif primordial consiste à garantir la liberté syndicale et la négociation collective. Il s’agit là de droits fondamentaux sur lesquels se fonde la démocratie.

Comme syndicats, notre objectif primordial consiste à garantir la liberté syndicale et la négociation collective. Il s’agit là de droits fondamentaux sur lesquels se fonde la démocratie.

Nous considérons que les accords conclus entre l’UE et l’Amérique latine doivent permettre de remédier aux inégalités au moyen de périodes de transition et du traitement spécial et différencié. Des mécanismes d’investissement doivent être mis en place dans le but de combler les différences structurelles et de promouvoir la cohésion sociale.

En collaboration avec la CSI, nous avons formulé une déclaration sur les principaux aspects sociaux à inclure dans les chapitres sur le développement durable, qui doivent faire partie intégrante de chaque accord bilatéral négocié par l’Union européenne. Ces dispositions visent à garantir le respect des droits de l’homme, des droits du travail, des droits sociaux et environnementaux et à mettre en place des mécanismes de consultation auxquels participent les organisations syndicales.

L’accord avec l’Amérique centrale, actuellement à un stade avancé des négociations, doit inclure ces conditions. Nous prévoyons également une reprise des négociations avec le Mercosur, au cours desquelles nos exigences doivent être entendues. Ceci devrait par ailleurs s’appliquer exceptionnellement aux relations avec les différents pays, comme le Chili et le Mexique, avec lesquels des accords bilatéraux ont déjà été conclus. Une consultation est actuellement menée du côté de l’UE sur la représentation syndicale au sein du comité consultatif CARIFORUM-UE mis en place dans le cadre de l’accord récent. Nous espérons faire de cet organe un outil efficace de supervision de cette relation et comptons sur la collaboration étroite de nos collègues des Caraïbes à cette fin.

Chers collègues,

Nous avons fait part de nos conditions aux autorités européennes à de nombreuses reprises au cours de cette dernière période. Nous avons défendu notre stratégie commune. Nous avons souligné ses défauts.

Nous avons exprimé notre vive préoccupation quant à la relation avec la Communauté andine, qui visait à conclure un accord d’association avec quatre pays dans un contexte de dialogue politique et de coopération, mais s’est réduite à un accord bilatéral de libre-échange avec la Colombie et le Pérou. Nous avons clairement manifesté notre opposition à ces négociations en cours.

Nous avons exprimé notre vive préoccupation quant à la relation avec la Communauté andine, qui visait à conclure un accord d’association avec quatre pays dans un contexte de dialogue politique et de coopération, mais s’est réduite à un accord bilatéral de libre-échange avec la Colombie et le Pérou. Nous avons clairement manifesté notre opposition à ces négociations en cours.

Notamment dans le cas de la relation avec la Colombie, où les syndicalistes sont régulièrement assassinés, presque toujours dans une totale impunité. C’est inacceptable. Nous l’avons dit, et je le répète.

Je tiens également à dénoncer encore les violations des droits de l’homme et des droits syndicaux dans des pays comme le Costa Rica, le Guatemala et El Salvador. Nous avons également condamné le coup d’État au Honduras contre son président constitutionnel et considérons qu’il est particulièrement regrettable que ce pays soit représenté par un putschiste au sommet.

Chers collègues,

Le travail décent doit être au centre du débat entre les chefs d’État lors du sommet. Il s’agit là d’un élément essentiel du développement durable. Mais il semble que cette question soit à peine mentionnée dans le projet de conclusions. Le plan d’action que les chefs d’État adopteront doit rendre compte du besoin d’une action concrète en faveur du travail décent. Nous avons soulevé cette question auprès du Haut Représentant de l’UE, la semaine dernière.

Le dialogue sur l’emploi et les affaires sociales doit être approfondi et les syndicats doivent y être associés. Des normes appropriées doivent être garanties. Le comportement de certaines multinationales européennes en Amérique latine, par rapport aux normes qu’elles sont tenues de respecter en Europe, suscite des préoccupations. Ces agissements sont inacceptables. Elles sont tenues de respecter les principes du travail décent établis par l’OIT et les principes directeurs de l’OCDE.

Je crains que les stratégies de nos gouvernements face à la crise économique et financière ne reposent dans une large mesure sur les conclusions du G20. Mais elles sont insuffisantes.

Tandis qu’ils expriment leurs préoccupations en matière d’emploi et de protection sociale, les gouvernements préparent leurs stratégies de sortie de crise, dont la mise en œuvre est selon nous prématurée. Nous sommes opposés à la révision à la baisse des programmes de relance et aux réductions des dépenses publiques, susceptibles de faire basculer l’économie mondiale dans une nouvelle récession aux conséquences désastreuses.

Nous considérons au contraire que l’UE doit élaborer des politiques d’investissement inscrites dans un plan de relance à l’échelle européenne à hauteur de 1 % du PIB européen afin de remédier à la dégradation de la situation de l’emploi en Europe. Ceci devrait permettre la mise en œuvre de politiques industrielles innovantes et créatrices d’emplois. Dans le cadre de nos relations avec l’Amérique latine, nous sommes favorables à la mise en place d’un vaste programme d’investissement, dans le cadre de la facilité d’investissement en Amérique latine, destiné à promouvoir le développement et la cohésion sociale en Amérique latine.

Les travailleurs et leurs familles n’ont pas à payer le prix d’une crise imputable à l’avidité d’opérateurs financiers sans scrupules. C’est à eux qu’il incombe de payer ce prix, à commencer par une taxe sur les mouvements de capitaux à court terme.

Il convient par ailleurs de souligner que les politiques du chacun pour soi ne sont pas une solution. Il nous appartient de démontrer que nous avons su tirer les leçons des années 1930. Les centres financiers se situaient alors aux États-Unis et en Europe. Mais le monde actuel est caractérisé par l’interdépendance. Le centre de gravité de la croissance mondiale s’est déplacé, y compris vers votre continent.

À l’émergence de pays correspondent des responsabilités croissantes. Nous pouvons également prévoir une évolution de la gouvernance mondiale, que ce soit à l’ONU, dans les institutions financières internationales, par rapport au changement climatique. Nous devons tous nous y préparer.

Chers collègues,

Outre l’effondrement économique et financier, certains pays ont été confrontés à des catastrophes naturelles. Nos pensées vont en particulier à nos amis des deux extrémités de votre continent, en Haïti et au Chili, frappés par des séismes dévastateurs.

Il incombe à l’Europe de faire preuve de solidarité, notamment envers ceux qui sont parmi les plus pauvres en ce monde, en Haïti. En collaboration avec la CSI, nous avons demandé instamment à la Commission européenne de soutenir la feuille de route syndicale pour la reconstruction et le développement d’Haïti, qui place le travail décent au cœur du processus de reconstruction d’Haïti.

Chers collègues,

C’est un vaste programme qui s’offre à vous : des droits de l’homme et des droits syndicaux au commerce et à l’investissement. D’importantes questions relatives à la politique migratoire doivent également être examinées.

Nous nous réjouissons de la coopération fructueuse établie avec la Confédération syndicale des Amériques, qui s’est traduite par l’élaboration d’un plan d’action commun.

J’espère que vos travaux ici contribueront à renforcer et à approfondir cette relation.



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Dernière modification:mai 3 2010.