ETUC
27/01/2010

Restaurer la confiance – Construire un leadership

Notes d’allocution - Intervention de John Monks, Secrétaire général de la CES, lors du Forum économique mondial de Davos le 28 janvier 2010.

 

Lorsque l’on parle de confiance, certains chefs d’entreprise sont dans la même situation que Tiger Woods avec sa femme. Alors que les banquiers sont sans doute proches de la tête de la liste des personnes dont on se méfie le plus, d’autres ont leurs problèmes également. M. Schwab l’a clairement fait remarquer durant la préparation de Davos 2010.

Comment peut-on dès lors inverser la tendance et faire en sorte de redorer leur blason ?

Tout d’abord, pas en prônant un retour aux affaires – et aux bonus – comme avant la crise. Si Wall Street, Londres et les autres se remettent à pratiquer leur « alchimie » ainsi que Paul Volcker l’a appelée, en proposant des produits dérivés douteux, ces « armes de destruction massive » dénoncées par Warren Buffet, et, citant ici Lord Turner, se lancent dans des activités en général « socialement inutiles », les réputations vont alors dégringoler plus encore.

Cela n’arrivera pas plus si les salaires des patrons continuent à augmenter par multiple du salaire du travailleur de base et que le fossé entre riches et pauvres se creuse encore plus.

Et cela n’arrivera pas non plus si la méthode privilégiée est à nouveau d’exploiter les entreprises pour le court terme en les utilisant comme instruments financés par un endettement excessif pour minimiser les taxes, favoriser la réalisation des actifs et diminuer l’emploi. Ce mode opératoire immoral a été adopté par de nombreux fonds d’investissements privés et par d’autres. La confiance ne peut être basée sur un tel modèle. Le profit à court terme des actionnaires en tant qu’objectif principal conduit à l’anorexie et probablement à l’oubli.

Nous avons besoin de moins d’ingénierie financière et de plus d’ingénierie réelle comme l’a récemment déclaré un ministre du gouvernement britannique. Permettez-moi une petite anecdote pour illustrer mon propos. Un de mes bons amis est cadre supérieur dans une entreprise publique prospère qui a grandi rapidement. Tout comme le reste de l’équipe de direction, il détient des actions qui ne pourront être entièrement réalisées qu’à sa retraite ou si la société est rachetée. Apparemment, nombre d’entre eux prient pour un tel rachat et, donc, pour un bénéfice par action exceptionnel. Comment cela peut-il être ? Comment des dirigeants peuvent-ils envisager de vendre leur entreprise dans leur propre intérêt et non pas continuer à la faire prospérer ? Il s’agit ici d’une perversion des primes de motivation.

Pour les entreprises et les gouvernements, ainsi que pour les autres acteurs tels les syndicats, la vraie question est comment changer la culture du monde des affaires, en particulier dans les pays anglophones où trop de dirigeants peuvent à l’évidence être accusés de se préoccuper d’abord d’eux-mêmes, où de nombreux actionnaires n’ont qu’une vue à court terme de leurs responsabilités – comme un gestionnaire de portefeuille de Londres me l’a dit – « J’ai moi-aussi des investissements à long terme ; ce sont des investissements à court terme qui ont mal tourné » ; et où l’endettement est devenu un mode de vie qui peut se révéler dangereux lorsque survient l’inévitable chute.

Pouvez-vous dès lors, vous qui représentez la plus importante assemblée de dirigeants et de chefs d’entreprise de la planète, prendre les mesures qui s’imposent pour changer la culture actuelle ? Pouvez-vous évoluer vers un marché social, vers un modèle plus socialement engagé reconnaissant un éventail plus large de parties prenantes et de plus grandes responsabilités ? Pouvez-vous, et je m’adresse ici à M. Dimon au nom de Wall Street, reconnaître l’ampleur du désastre économique provoqué par votre monde (moins par JP Morgan que par d’autres, je le reconnais) et admettre que les banques ont une dette immense vis-à-vis de la société qui doit être apurée non pas seulement en remboursant les prêts qui vous ont été accordés mais par un changement d’attitude.

Pouvez-vous évoluer vers un marché social, vers un modèle plus socialement engagé reconnaissant un éventail plus large de parties prenantes et de plus grandes responsabilités ?

Alors, si vous et le milieu des affaires ne peuvent affronter ces questions, sans nul doute impertinentes, ne venez pas vous plaindre lorsque les gouvernements légifèrent et cherchent à changer votre monde. Les pressions politiques ne diminuent pas lorsque les indicateurs d’une reprise redeviennent un peu plus favorables. Celles-ci se renforcent d’ailleurs ainsi que l’a montré la réaction de la Maison Blanche la semaine dernière. Mais ceci n’est pas seulement une question politique gauche-droite – les gouvernements allemand et français et, de manière plus opaque, le Parti conservateur britannique, supportent le plan Obama/Volcker. Si Wall Street se mobilise contre Obama, il y aura alors une guerre qu’aucun gouvernement où que ce soit ne pourra se permettre de perdre. Pour que se développe la confiance, nous avons besoin d’un système financier qui soutient l’économie au sens large plutôt que d’un système qui génère d’énormes profits provenant d’activités tellement susceptibles de la déstabiliser. Il y a beaucoup de chefs d’entreprises que je respecte mais ce ne sont pas ceux qui ont mis en place la culture qui prédomine aujourd’hui. Ce sont les entrepreneurs qui développent avec passion des produits et services nouveaux, qui peuvent aider à résoudre les problèmes liés aux changements climatiques, qui innovent, améliorent la production et créent de l’emploi, qui trouvent de nouveaux moyens de nous garder en bonne santé, qui peuvent nous distraire, nous amuser et nous inspirer. Ceux-là sont les dirigeants qui gagnent et méritent le respect. Pouvons-nous développer cette culture ? Dans la négative, les gouvernements se verront forcés d’agir, exactement comme ils ont été forcés d’intervenir pour éviter l’effondrement financier.



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Dernière modification:janvier 28 2010.