ETUC
24/11/2009

Congrès de l’UNSA (Union nationale des syndicats autonomes )

Discours prononcé par John Monks, Secrétaire général de la CES, à Pau le 24 novembre 2009.

 

Bonjour à toutes et à tous.

Merci de me donner la possibilité de m’adresser à vous aujourd’hui. Tout d’abord, je viens de recevoir une information urgente que je dois vous communiquer : Thierry Henry vient d’être sélectionné pour faire partie de l’équipe française de rugby. Il pourra désormais jouer avec les mains tant qu’il veut.

Des défis urgents nous attendent dans les mois qui viennent : la crise économique et sociale avec un chômage qui s’aggrave notamment chez les jeunes, des budgets sous pression avec des risques de coupes dans les dépenses publiques qui risquent de viser en premier lieu les filets de protection sociale, la nécessité d’une réglementation financière et enfin la crise environnementale.

Le combat n’est donc pas terminé et nous ne désarmerons pas.

Pourquoi ? Nous resterons combattifs parce que nous sommes en colère. Nous sommes en colère parce que l’on constate un retour aux vieilles habitudes de laissez faire dans le monde des finances avec des propos inacceptables de la part du président de Goldman Sachs. Il a déclaré qu’il fait le travail de Dieu car il va distribuer 20 milliards de dollars de bonus ! Rappelons que Goldman Sachs a été renfloué par l’Etat. Nous sommes en colère aussi, car face à ces déclarations et à ces actes, il n’y a pas vraiment de réaction pour les stopper véritablement.

Aujourd’hui on annonce partout que la reprise économique est de retour. Dernièrement, Almunia, le commissaire européen aux affaires économiques, nous a dit que l’Union européenne sortait de la récession.

Alors, cette reprise, info ou intox ?

Nous considérons que la crise économique et sociale n’a pas dit son dernier mot. On ne peut pas parler de reprise tant qu’il n’y aura pas reprise de l’emploi.

Alors oui, on voit ça et là des signes de reprise de la croissance. Mais si on regarde les moyens colossaux qui ont été déployés pour éviter la catastrophe, en tout 8 900 milliards de dollars, on constate que la reprise est plutôt molle. En Amérique, l’activité a reculé de 2 % cette année malgré un déficit de 12 % du produit intérieur brut. La croissance devrait revenir l’année prochaine mais elle restera faible avec des déficits encore importants.

Pour nous, le compte n’y est pas car il reste 2 points noirs majeurs : 1) la situation de l’emploi va continuer de se dégrader avec une augmentation du taux de chômage : on avait 17 millions de chômeurs en septembre 2008 et 22 millions en septembre 2009. 2) les déficits devraient tripler cette année. En 2002, le déficit du produit intérieur brut de la zone euro était de 2 %, il est de 6,4 % aujourd’hui. Avec une question essentielle : qui va payer ? Les travailleurs ne doivent pas continuer à faire les frais de l’irresponsabilité et la cupidité de certains.

L’emploi doit rester notre priorité. C’est le problème le plus urgent. L’emploi et surtout l’emploi de qualité est une priorité, sans quoi, l’économie sera fragilisée et nous irons vers encore plus d’inégalités sociales. Nous voulons la création d’emplois plus nombreux et de meilleure qualité et un investissement dans un vaste plan de relance européen. De plus, on le sait, la hausse du chômage favorise les replis nationalistes, ce qui est toujours mauvais pour la démocratie. Méfions-nous ce tout ce qui peut favoriser le nationalisme et le protectionnisme.

Le chômage des jeunes est notamment une priorité pour nous. Selon les derniers chiffres d’Eurostat, le chômage des jeunes atteint 20,2 % dans l’Union européenne, 24,5 % en France et 41,7 % en Espagne !!

Il n’est pas difficile d’imaginer que la crise va aggraver la précarité de beaucoup de jeunes et aura des conséquences néfastes sur le moral tout d’abord, mais aussi sur la projection de tous ces jeunes pour leur futur. Sans parler de la multiplication des contrats atypiques déjà occupés par les jeunes et qui les maintiennent dans la précarité. Parce que nous considérons que la situation de l’emploi des jeunes est déterminante pour l’avenir de nos sociétés, nous allons lancer une campagne début 2010 avec comme slogan : « Vous avez sauvé les banques, n’oubliez pas les jeunes maintenant ». Cette campagne aura comme point fort une journée d’action dans toute l’Europe, en mars prochain avant le Sommet européen. Nous voulons des garanties pour les jeunes. Des garanties qu’on leur donne leur chance et qu’ils puissent bénéficier de formations appropriées et trouver des emplois de qualité.

Face à la situation de l’emploi, aux dettes publiques qui s’accumulent, au système financier toujours défaillant, la CES rappelle ce qu’elle a demandé dans la déclaration de Paris, adoptée en mai dernier. Nous voulons :
-  un vaste plan de relance européen. Nous avons besoin d’une relance européenne basée sur une politique bas carbone, une relance de la recherche et de l’innovation, une amélioration des systèmes éducatifs.
-  Nous demandons encore le renforcement des négociations collectives avec des droits plus forts pour les travailleurs et des de meilleurs salaires.

Autre campagne prévue en 2010 : une campagne sur le maintien nécessaire des dépenses publiques et de la protection sociale. Nous adressons un message aux gouvernements : la crise n’est pas finie, assurez vos responsabilités économiques et sociales pour éviter l’exclusion sociale. A un moment où les déficits des gouvernements explosent, nous craignons des coupes dans les dépenses publiques et que les filets de sécurité sociale soient les premiers visés. L’Irlande a commencé à le faire. Nous disons que ce n’est vraiment pas le moment de réduire les dépenses publiques ou sociales à un moment où le chômage va augmenter et fragiliser certaines catégories. L’emploi doit être maintenu. La crise n’est pas finie et la solidarité et la cohésion sociale sont le pilier de la stabilité et de la paix entre les peuples.

Et puis, nous demandons la fin du règne des Bourbons de la finance.

La CES été la première à dénoncer le capitalisme casino depuis des années et nous allons continuer. Nous ne voulons plus que le monde financier ait les moyens d’infliger de nouveau une telle crise au monde et à des millions d’individus.

Une réglementation financière est nécessaire et cela ne doit pas rester une formule sémantique. Il n’y aura pas de retour aux bonnes vieilles pratiques. Déjà, les banques font du chantage : pas de réglementation sinon on devra limiter le crédit. Nous voulons une vraie régulation financière qui s’appuie sur une réglementation forte pour limiter la prise de risque des banques, pour limiter les bonus et nous demandons aussi une taxe sur les transactions financières. Des études récentes ont montré qu’il existe une corrélation étroite entre la prise de risque et le montant des bonus. Ces pratiques doivent appartenir à l’Ancien Régime. Nous voulons un autre modèle de croissance qui n’érige pas comme dogme des taux de rentabilité à deux chiffres.

Enfin, nous n’oublions pas la lutte contre le changement climatique à quelques jours du Sommet de Copenhague. Ce Sommet doit maintenir des objectifs ambitieux sur le climat d’une économie bas carbone. De même, le changement climatique peut et doit avoir l’ambition de devenir un moteur de croissance durable et de progrès social de lutte contre la pauvreté et les inégalités sociales.

Nous comptons sur votre soutien pour mener à bien ces combats.

Je vous remercie de votre attention.



Vos commentaires sont importants pour nous.
Avez-vous trouvé cette page intéressante ?
Avez-vous un commentaire ?
 Vous pouvez répondre à cet article ici.



Dernière modification:décembre 8 2009.