ETUC

Le dialogue macroéconomique

Discours prononcé par John Monks, Secrétaire général de la CES, à Bruxelles le 09 novembre 2009.

 

Lors du récent Sommet Social Tripartite, je citais Platon, l’auteur dramatique de la Rome antique. Je n’hésite pas à appliquer sa remarque pertinente à la situation actuelle. Platon affirmait : « Je suis un homme riche tant que je ne rembourse pas mes créanciers ». Ou, comme pourraient le dire de nombreux banquiers – « Nous sommes riches tant que nous recevons de l’argent pour presque rien, et des garanties des gouvernements, et donnons la priorité au rétablissement de nos propres bilans. »

Je lisais hier que M. Blankfein, directeur de Goldman Sachs, qui a de fait été renfloué par l’État américain, affirmait faire « œuvre de bienfaisance » car il distribue des primes d’un total de 20 milliards de dollars. Il déclare que « tout le monde devrait être content » et se félicite du retour des primes titanesques chez Goldman Sachs. Tout le monde est-il content de cette situation ?

Et quid de l’augmentation du nombre de chômeurs ? Et quid des jeunes qui terminent cette année leurs études, et qui contrairement à Goldman Sachs, ne sont pas responsables de la récession mais sont confrontés à un avenir déprimant lorsqu’ils recherchent un emploi ? Et quid des PME qui ne peuvent obtenir que des crédits chers ?

Les gens de Wall Street, de Londres et d’ailleurs sont parfaitement capables de répéter les excès qui ont conduit à la crise actuelle. Comment mettre un terme au statu quo, aux primes traditionnelles ?

A moins de socialiser tout le système, je reconnais que ce n’est pas facile. Mais c’est une composante majeure de l’instabilité sociale et économique. C’est un comportement de type Bourbon. En fait, en comparaison, les derniers rois de France paraissent même relativement modestes.

Mais il est un autre domaine d’instabilité majeur. Nombreux sont ceux qui voudraient déclarer la fin de la crise et réduire les dépenses publiques. En ce moment, la plus grande crainte de la CES est que les gouvernements de l’UE agissent prématurément et étouffent la relance.

(En 1937, une initiative prématurée du Congrès américain destinée à arrêter les comptes a tué la relance et la récession a duré jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale). En dépit du calme général à Pittsburgh, et pendant tout le week-end à St Andrews, concernant les stimulus budgétaires, certains gouvernements de l’UE prévoient manifestement des réductions brutales des dépenses publiques. L’Irlande a déjà commencé.

Si la relance est normale, la dette diminuera extrêmement vite ; « et si ce n’est pas le cas, il n’en sera pas ainsi et cela ne sera pas nécessaire » (Samuel Brittan FT Oct2). « Ne vous précipitez pas à sortir de la crise prématurément, pas de panique » : tel est le message de la CES au Conseil et à la Commission. L’heure est au réalisme. Mais l’heure est aussi à la panique, et le rapport alarmant publié aujourd’hui par la Commission concernant les niveaux de la dette n’arrange pas les choses.

Le problème ne se limite pas aux gouvernements nationaux. Toute l’Europe est concernée, en raison du risque manifeste de voir un pays tenter une sortie prématurée et transmettre ses problèmes à ses voisins. En réduisant les dépenses publiques en l’absence de relance du secteur privé, elle place ses espoirs dans les exportations vers d’autres pays qui maintiennent des niveaux de dépense élevés. Les politiques du travail ont réussi à préserver l’emploi. Il faut davantage aider les jeunes et les chômeurs à trouver un emploi.

Le fait est que nous restons dans l’œil du cyclone. La demande qui soutient la modeste et fragile reprise actuelle est basée en grande partie sur des facteurs temporaires – renouvellement des stocks, mise à la casse des automobiles, régimes de travail à horaire réduit, etc. – tandis que les réductions de salaires, les coupes dans les dépenses publiques, les augmentations d’impôt, et le remboursement de la dette à tous les niveaux sont de plus en plus évidents. Utiliser le terme de « relance » pourrait induire en erreur. Nous arrêtons le déclin mais restons au bord du précipice.

Nous sommes tout à fait conscients de la pression à la baisse exercée sur les salaires. Ce qui pourrait avoir un sens dans le contexte d’une entreprise individuelle n’en a aucun si cela conduit à la réduction compétitive des salaires et à la déflation ainsi qu’à une réduction du pouvoir d’achat. N’essaie-t-on pas d’augmenter les dépenses publiques ? Nous devrions le faire. Et derrière le débat sur les stratégies de sortie de crise, il y a le débat « qui paie ». Les épaules les plus larges doivent supporter les charges les plus lourdes.

Si les banquiers sont des Bourbons, je n’ai pas l’ambition de jouer le rôle de Robespierre. Mais rappelez-vous que si vous laissez les cadres de banques augmenter leurs rémunérations alors que le reste de la population est confrontée à des réductions, vous vous aventurez sur un terrain dangereux.

Ceci n’est pas un séminaire d’économie. Les temps sont difficiles et nous voulons poursuivre les dépenses publiques et les investissements afin de soutenir l’écologisation de l’économie, les efforts visant à maintenir le pouvoir d’achat, le rejet de la voie irlandaise, et le rejet des notions trop simplistes concernant l’accroissement de la flexibilité sur les marchés du travail, avec davantage de contrats précaires, des niveaux de salaires et de profits inférieurs et tout le reste.

Si les banquiers sont des Bourbons, je n’ai pas l’ambition de jouer le rôle de Robespierre. Mais rappelez-vous que si vous laissez les cadres de banques augmenter leurs rémunérations alors que le reste de la population est confrontée à des réductions, vous vous aventurez sur un terrain dangereux.



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Dernière modification:novembre 23 2009.