
En route vers le Sommet de Copenhague : interview de Joël Decallion, secrétaire confédéral de la CES
Joël Decaillon, secrétaire confédéral de la CES, nous présente les enjeux du prochain sommet de Copenhague sur le changement climatique et les revendications du mouvement syndical européen.
Quels sont les enjeux du prochain sommet de Copenhague sur le changement climatique ?
Joël Decaillon (JD) : Les négociations de Copenhague sont très importantes. En effet, lors de la conférence qui se déroulera du 7 au 18 décembre prochain, il s’agira de prolonger le protocole de Kyoto au-delà de 2012, en donnant une envergure mondiale à la lutte contre le changement climatique. Il y a un élément nouveau dans ces négociations de Copenhague, en effet, les États-unis et la Chine ont ouvert le débat en vue d’aboutir à des objectifs d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre. C’est un élément extrêmement important par rapport au passé. Plus de 190 pays seront présents à Copenhague, avec des intérêts économiques très divergents, des situations économiques et sociales très différentes, et surtout des inégalités très importantes face aux conséquences des dérèglements climatiques. Dans ce cadre si complexe, on devra trouver les éléments d’un nouveau dialogue, entre pays développés, pays émergents et pays en développement. On est face à un défi colossal, mais qui est absolument indispensable à relever si l’humanité ne veut pas se retrouver dans une situation catastrophique d’ici une vingtaine d’années.
On devra trouver les éléments d’un nouveau dialogue, entre pays développés, pays émergents et pays en développement. On est face à un défi colossal, mais qui est absolument indispensable à relever si l’humanité ne veut pas se retrouver dans une situation catastrophique d’ici une vingtaine d’années.
Quel est l’état de la situation au niveau international ? Pourquoi un accord international sur le climat est-il si difficile à trouver ?
JD : Prolonger le protocole de Kyoto au-delà de 2012 et trouver un nouvel accord demeurent deux objectifs extrêmement difficiles à atteindre. Le fait d’avoir une nouvelle administration aux États-unis représente un élément positif pour créer de nouvelles conditions, mais les contradictions entre protection environnementale, protection sociale et développement économique ne sont toujours pas levées.
Deux éléments principaux sont à retenir.
Tout d’abord, la crise financière a montré la prédominance du système financier sur l’économie réelle. Face à cette situation qui n’a pas été modifiée, la mise en place d’une transformation économique et industrielle en profondeur, qui implique une vision à moyen et long terme demeure quasiment incompatible avec les exigences de retour à des taux de croissance à deux chiffres.
Nous faisons également face à une deuxième difficulté : il faudra absolument prendre en compte le fait que le changement climatique aggrave les inégalités entre les différentes régions du monde, mais aussi les inégalités au sein d’une même région. C’est ce que la CES a souligné dans son étude sur le changement climatique et l’emploi publiée en 2007.
L’acceptabilité politique, économique et environnementale des résultats des négociations de Copenhague passera par la conjugaison de la réduction des gaz à effet de serre, de mesures de protection de l’environnement, mais aussi de mesures de traitement social, de la pauvreté et des inégalités sociales.
Quelles sont les revendications de la CES ?
JD : La CES vient de confirmer ses revendications dans une résolution qu’elle a adoptée le 20 octobre dernier lors de son Comité exécutif de Stockholm. Dans ce document, le mouvement syndical européen a réaffirmé qu’il se prononçait en faveur d’un accord international ambitieux et exhaustif, visant à limiter la hausse globale des températures à deux degrés maximum. Cet accord devrait respecter le scénario fixé par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) qui prévoit la réduction des émissions de gaz à effet de serre d’au moins 25 à 40% d’ici 2020 par rapport aux niveaux de 1990 dans les pays industrialisés. Lors de sa réunion du 21 octobre dernier, le Conseil des ministres de l’environnement de l’UE a repris la base de ces objectifs.
La contribution de l’Europe au financement de la réduction mondiale du changement climatique demeure un autre élément clé du débat. Les réponses les plus difficiles à apporter concernent la contribution financière que l’Union européenne devra apporter pour résoudre le problème et donc les instruments financiers de solidarité. A cet égard, nous demandons la création à la fois d’un fonds international et d’un fonds européen pour le développement des technologies à faible émission de carbone, ainsi que de technologies basées sur l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables dans les pays en développement. De même, nous revendiquons la mise en place d’une politique de l’emploi basée sur la protection sociale, la promotion du travail décent et les services publics. Nous demandons également l’amélioration de la gouvernance européenne par la mise en œuvre de politiques communautaires renforcées en matière industrielle et de recherche. Dans ce contexte, l’Europe doit favoriser des initiatives globales cordonnées en matière de recherche et développement, de partage des connaissances scientifiques, de développement et de dissémination des technologies vertes à l’échelle mondiale.
Nous avons besoin d’une politique industrielle bas carbone européenne, s’appuyant sur une stratégie de coordination industrielle communautaire permettant de dépasser les divisions intra-européennes et les effets pervers des exigences de profitabilité à court terme des investissements industriels. Pour atteindre ces objectifs, cette stratégie européenne bas carbone doit être basée sur une transition s’appuyant sur les principes de transition juste.
4) Quels sont les principes de cette « juste transition » ? L’« écologisation » de l’économie doit-elle être vue comme une opportunité ou une menace pour les travailleurs européens ?
JD : Les principes de transition juste regroupent le dialogue entre gouvernement, industrie et syndicats et autres groupements d’intérêt sur le changement économique et industriel, des emplois verts et décents, des investissements dans les technologies à bas carbone ainsi que des nouvelles qualifications « vertes ». Nous avons ainsi besoin d’un renforcement des négociations, d’une coordination de ces négociations au niveau européen, permettant d’assurer l’anticipation des transitions socio-économiques, tout en renforçant le dialogue entre partenaires sociaux et les pouvoirs publics. Dans ce cadre, il est extrêmement important que l’Union européenne s’attaque aux défis posés par les restructurations industrielles auxquels sont confrontés les nouveaux États-membres. C’est pourquoi des instruments d’anticipation doivent être mis en place à partir d’études d’impact beaucoup plus approfondis en particulier en termes de conséquences sociales.
L’intégration de la dimension sociale doit être très forte dans les politiques européennes contribuant au développement des stratégies industrielles répondant aux exigences d’une économie bas carbone et aux aspirations sociales des travailleurs. Il faut faire en sorte que cette croissance verte de demain contribue au maintien et à la création d’emplois de qualité et au progrès social.
A cet égard, l’étude « Les dérèglements climatiques, les nouvelles politiques industrielles et les sorties de crise » que la CES a présentée à Londres le 5 octobre dernier, montre clairement qu’il est nécessaire de considérer l’emploi dans toutes ses dimensions. Il y a des opportunités de création d’emploi dans des secteurs comme ceux liés aux énergies renouvelables, mais aussi dans le domaine de l’efficacité énergétique, en particulier dans le secteur du bâtiment. Notre étude démontre que tous les secteurs et tous les emplois sont concernés par cette transformation. Pour toutes ces raisons, l’intégration de la dimension sociale doit être très forte dans les politiques européennes contribuant au développement des stratégies industrielles répondant aux exigences d’une économie bas carbone et aux aspirations sociales des travailleurs. Il faut faire en sorte que cette croissance verte de demain contribue au maintien et à la création d’emplois de qualité et au progrès social.
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