
Sommet social tripartite
Discours prononcé par John Monks, Secrétaire général de la CES, au Sommet social tripartite tenu à Bruxelles le 29 octobre 2009.
L’autre jour, je lisais une citation très pertinente de Plaute, l’auteur dramatique de la Rome antique, qui affirmait : « Je suis un homme riche tant que je ne rembourse pas mes créanciers ». Ou, comme pourraient le dire de nombreux banquiers – « nous sommes riches tant que nous recevons de l’argent pour presque rien, et des garanties des gouvernements. »
Quoi qu’il en soit, grâce en grande partie à leur irresponsabilité, nous avons perdu 7% du PIB européen en 18 mois, le chômage augmente dans l’UE et il atteindra peut-être 12% d’ici la fin de l’hiver, et les jeunes en sont les principales victimes innocentes. Nombreux sont ceux qui voudraient déclarer la fin de la crise et réduire les dépenses publiques. Les ministres des Finances de l’UE se sont réunis après le récent G20 de Pittsburgh et ont lancé une initiative coordonnée afin de planifier des stratégies de sortie par rapport aux actuels niveaux élevés de dépenses publiques. En ce moment, la plus grande crainte de la CES est que les gouvernements de l’UE agissent prématurément et étouffent la relance. (En 1937, une initiative prématurée du Congrès américain destinée à arrêter les comptes a tué la relance et la récession a duré jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale). En dépit du calme général à Pittsburgh concernant les paquets de mesures pour stimuler l’économie, certains gouvernements de l’UE prévoient manifestement des réductions brutales des dépenses publiques.
Cependant, si la relance est normale, la dette diminuera extrêmement vite ; « et si ce n’est pas le cas, il n’en sera pas ainsi et cela ne sera pas nécessaire » (Samuel Brittan FT Oct2). “Pas de sortie, pas de panique” : tel est le message de la CES au Conseil et à la Commission. L’heure est au réalisme. La France a annoncé qu’il faudra attendre 2014 avant de pouvoir en revenir aux règles du pacte de stabilité et de croissance.
Le problème ne se limite pas aux gouvernements nationaux. Toute l’Europe est concernée, en raison du risque manifeste de voir un pays tenter une sortie prématurée et transmettre ses problèmes à ses voisins. En réduisant les dépenses publiques en l’absence de relance du secteur privé, elle place ses espoirs dans les exportations vers d’autres pays qui maintiennent des niveaux de dépense élevés.
Au début, j’ai parlé du problème spécifique des jeunes. Il ne fait pas bon quitter l’école ou le collège actuellement et nous pensons que les jeunes devraient être au cœur du nouveau plan de relance européen et bénéficier d’un système de garantie.
Nous regrettons que le Conseil n’ait accordé que peu d’intérêt et de soutien aux plans dressés par la Commission pour le sommet sur l’emploi de mai dernier. Premièrement, le Conseil a réduit l’ampleur du sommet et il a ensuite fortement contrôlé la manière dont les fonds européens sont dépensés. L’accent semble être mis sur les solutions nationales, plutôt que sur les solutions européennes. Si, comme l’a affirmé récemment Juan Somavia, « on donne des milliards aux banquiers et des miettes aux gens », on crée les germes de troubles sociaux.
J’avertis le Conseil que s’il emprunte la voie de solutions nationales, non européennes, il y aura des conséquences. Au plan syndical, notre soutien à la libre circulation de la main-d’œuvre sera de plus en plus mis sous pression. Au début de cette année, nous avons été les témoins de grèves dans le Lincolnshire concernant l’attribution des emplois britanniques aux travailleurs britanniques, ce qui a mis en lumière les risques de réponses nationalistes à l’augmentation du chômage, et le problème qui existe sur le marché unique où les travailleurs de pays plus pauvres peuvent miner les conditions de travail des travailleurs indigènes, un concept qualifié de manière peu attractive en jargon communautaire par l’expression “dumping social”.
La CES a pendant longtemps eu pour ambition, que ce soit par une directive ou par un accord dans le cadre du Protocole social du Traité de Maastricht, d’aboutir à une protection contre le dumping social qui menace les travailleurs de l’UE en permettant à un autre Etat membre d’appliquer des normes moins strictes.
Mais nous avons poursuivi ces objectifs de manière pragmatique, en reconnaissant qu’en raison de la grande diversité des modes de vie et des normes de productivité en Europe, il était impossible d’aboutir à l’uniformité sur chaque question. Or, ce débat fait l’objet de tensions croissantes et le risque est réel de voir le protectionnisme se répandre dans les rangs des syndicats, une tension encore renforcée par les récentes décisions de la CJE sur les travailleurs détachés. La gestion d’un marché unique caractérisé par la libre circulation à travers 27 systèmes nationaux de relations industrielles et de sécurité sociale est source d’instabilité et la crise renforce encore cette instabilité. Il est donc important que l’UE tienne compte de nos préoccupations concernant les travailleurs détachés et un protocole de progrès social, en mettant en place un meilleur équilibre entre droits et liberté de marché.
La CES a fait campagne en Irlande pour le traité de Lisbonne et ce, sans condition. Notre position ne contenait ni réserves, ni conditions. Mais si nous voulons garder le soutien des travailleurs pour la libre circulation de la main-d’œuvre et combatte les impulsions nationalistes et les sentiments du type « les emplois britanniques aux travailleurs britanniques » qui apparaissent dans de nombreux pays, nous devons progresser dans ces domaines.
Enfin, comme l’a affirmé le gouverneur de la Banque d’Angleterre la semaine passée, jamais quelques-uns n’en ont dû autant à un aussi grand nombre, en parlant des banques et des dettes qu’elles ont accumulées. Si nous voulons minimiser les risques de répétition du comportement scandaleux qui a provoqué cette énorme récession, il est indispensable d’avoir une réglementation financière et une taxation plus efficaces. La CES souhaite que l’UE ouvre la voie dans le débat sur les taxes relatives aux transactions, la taxation progressive, et le maintien d’états providence effectifs, et elle veut commencer dès cette semaine.
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