
« Les dérèglements climatiques, les nouvelles politiques industrielles et les sorties de crise »
Monsieur le Commissaire Spidla, chers collègues, nous sommes réunis ici aujourd’hui pour parler du changement climatique, des implications pour les emplois existants, du potentiel de nouveaux emplois et de la contribution que cette situation peut apporter à la résolution de la crise économique que nous traversons actuellement.
La Conférence de Copenhague qui se tiendra en décembre sera un moment clé pour juger si le monde a la volonté d’entreprendre les changements nécessaires et il est donc essentiel que les syndicats mondiaux et européens lancent cette campagne du point de vue de l’environnement et dans une perspective sociale. Nous voulons protéger le climat et mettre en place un environnement durable, et créer en même temps des emplois durables et de grande qualité.
Nous connaissons les risques. Le changement climatique risque d’aggraver les inégalités existantes. La pression exercée sur l’énergie et d’autres ressources essentielles telles que l’eau et les produits alimentaires affecte davantage les pauvres que les riches. Elle touche davantage certains pays que d’autres, et contient les germes de conflits entre nations car le risque de ruée sur les ressources se développe. La ruée sur les colonies fut l’une des principales causes de la Première Guerre mondiale.
Nous n’affirmons pas que les réponses soient simples ou évidentes. Les enjeux sont élevés, pas seulement pour les syndicats, et les incitations à trouver des réponses sont grandes.
Afin de nous aider dans cette démarche, nous avons étudié le rapport Syndex qui sera présenté sous peu. Il débat de quelques questions clés et identifie les tendances qui révèlent un déclin relatif des secteurs industriel / manufacturier en Europe, peut-être plus à l’Ouest qu’à l’Est.
Ces tendances incluent une croissance rapide de ces secteurs dans les pays émergents, dont la plus spectaculaire est celle de la Chine ; l’exportation d’emplois vers des lieux moins chers – le concept français de délocalisation ; la crise financière qui, en 2008 a exposé le rôle tout-puissant que joue le capitalisme financier / capitalisme casino dans les sociétés.
Les différences entre états européens ont exacerbé le problème et le chômage, l’emploi précaire et l’insécurité augmentent rapidement. La crise est mondiale mais la réponse apportée en ce qui concerne les emplois est principalement nationale. A la suite des réunions du G20 et des mesures prises au plan communautaire, une coordination effective a été mise en place en vue du sauvetage des banques et peut-être sur une nouvelle architecture financière pour le monde.
Mais en ce qui concerne les emplois, il n’est pas facile de mettre en place le même degré de priorité et de coordination. Le Commissaire Spidla partage mes préoccupations sur cette question.
A la CES, nous réclamerons un effort majeur coordonné dans l’UE en faveur de l’emploi des jeunes. Les jeunes qui quittent cette année l’école et le collège sont parmi les principales victimes de la crise. Et, comme l’affirmait récemment Juan Somavia, Directeur général de l’OIT : “Les banquiers reçoivent des milliards mais le peuple n’a droit qu’à une aumône”, ce qui est source de troubles sociaux.
Une chose est sûre : si nous abandonnons au marché la responsabilité d’apporter les changements nécessaires pour lutter contre le changement climatique, le chômage augmentera, davantage de communautés seront dévastées, et les tensions augmenteront. Pour avoir un exemple concret de désastre, il suffit d’examiner la manière brutale dont les gouvernements de Mme Thatcher et de John Major ont traité le déclin de l’industrie houillère britannique. Nous ne voulons plus connaître de telles situations.
Nous aurons besoin de sources de capitaux qui ne visent pas des rendements à court terme de 20% ou plus. Nous aurons besoin de scientifiques, de techniciens spécialisés, d’ingénieurs de génie et de créativité, et pas de petits génies de la finance. Nous aurons besoin de plans sociaux pour les secteurs et les domaines les plus touchés par les changements nécessaires.
L’ancêtre de l’UE était la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier. Comme d’habitude, le Royaume-Uni n’y a pas adhéré. Mais cette Communauté a mis en place des plans de réduction de la taille de ces secteurs au cours de l’après-guerre qui ont assuré des transitions en douceur, ce qui contraste avec les efforts brutaux ultérieurs du gouvernement britannique des années 1980 et 1990.
Peut-on emprunter cette même voie avec le changement climatique, en impliquant fortement les partenaires sociaux ? Dans l’ancienne Communauté du Charbon et de l’Acier, nous avions la même représentation que les employeurs ce qui, à l’époque, a permis d’assurer des transitions en douceur.
Il est temps aujourd’hui d’avoir une ambition syndicale. Nous incitons vivement le Commissaire à impliquer les partenaires sociaux dans une nouvelle initiative sur le changement climatique, une initiative qui engagera les syndicats, les pouvoirs publics ainsi que les employeurs dans le processus de restructuration et créera de nouveaux emplois durables et de qualité dans le contexte de la création d’une économie moins consommatrice de carbone.
Pour nous, il ne s’agit rien de moins que d’un nouveau deal social – à l’échelle européenne. A l’instar du socialisme dans un pays, la politique environnementale d’un pays ne résout pas le problème essentiel. Il faut une action internationale efficace. Ce processus sera au coeur des travaux de la CES.
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