
Colloque ‘Nouveau monde, nouveau capitalisme’
Le discours de John Monks, Secrétaire générale de la Conféfération européenne des syndicats, sur la Mondialisation et justice sociale au colloque internationale « Nouveau monde, nouveau capitalisme ». Ce colloque, organisé à la demande du président Nicolas Sarkozy et de l’ancien premier ministre Tony Blair, a eu lieu les 8 et 9 janvier à Paris.
Retransmissions vidéo
Pour écouter les contributions en ligne, visitez le site web du colloque. John Monks a participé à la Table ronde 2 sur la Mondialisation et justice sociale.
Mondialisation et justice sociale
Dire « je vous l’avais bien dit » n’est pas la meilleure manière de se faire des amis et d’influencer les gens.
Je vous ferai donc l’économie de la liste des avertissements émis par les syndicats concernant le désastre auquel nous devons tous faire face suite aux dérives d’un certain nombre d’institutions financières. En 2006 et 2007, nous nous inquiétions du boom des fonds speculatifs (hedge funds) et des fonds de capital-investissement privés – et des récompenses mirifiques accordées aux virtuoses de la profession. La réponse standard des leaders politiques était que tout irait pour le mieux, que le risque était largement réparti et que ces sociétés étaient de grandes créatrices de richesses. En un mot, je faisais beaucoup de bruit pour rien.
Cet optimisme digne de Candide nous a menés droit vers cette crise dont les causes sont plus claires que les solutions pour en sortir. Un point semble se détacher des autres – nous sommes très loin d’avoir créé les institutions politiques et de régulation qui nous permettront de contenir les risques liés à la mondialisation. Nous, et la plupart des pays de la planète, aurions très bien pu bénéficier de cette économie mondiale ouverte, mais ces retombées vont vite être oubliées face au chômage que devront affronter des millions de personnes en Europe et dans le Monde. La libre circulation des capitaux, des biens et des services périra si aucune réponse européenne et internationale n’est apportée en termes de gestion des risques mondiaux et si l’alternative, une retraite dans notre forteresse nationale, ne devient pas inévitable.
Joseph Stiglitz a très bien expliqué la chaîne des responsabilités, les principaux coupables étant la Réserve Fédérale, la culture de la déréglementation, la complicité partagée des banquiers, des comptables et des agences de notation dont le seul objectif était d’augmenter des revenus déjà énormes, et des banques de détail qui, dans leur poursuite de primes et de stock options, ont oublié leur responsabilité primaire, à savoir une gestion prudente. Tout cela est le reflet d’une arrogance digne des Bourbons car, en cette période d’excès, tous avaient oublié comment discerner le bien du mal.
L’enquête concernant le partage des torts doit se poursuivre, mais le plus urgent est de coordonner nos actions pour favoriser la relance. Sinon le protectionnisme, et qui sait, les troubles sociaux pourraient devenir inévitables. Nous en avons récemment eu un aperçu en Grèce.
Soyons clairs. Nous avons été témoins de l’implosion du capitalisme financier international. Les impôts des travailleurs servent à renflouer les banquiers alors que les licenciements augmentent dans la plupart de nos pays. Les répercussions sur l’économie réelle sautent aux yeux. La paix sociale ne doit pas être considérée comme acquise.
Tous reconnaissent maintenant qu’une refonte totale de la réglementation et des institutions économiques au niveau mondial est plus que jamais à l’ordre du jour. Il faut agir et agir vite.
Les appels lancés depuis quelques temps maintenant en faveur d’un Conseil de Sécurité Economique – et, j’ajouterai, Social – devraient maintenant prendre tout leur sens.
La déréglementation et les marchés sans entraves doivent disparaître. Le contrôle démocratique et l’équité doivent faire leur retour.
Nous avons besoin du New Deal écologique proposé par Obama – une mesure que je salue d’ailleurs, mais nous avons aussi besoin d’un New Deal social dont les objectifs sont, dans ce chaos, la création d’un nouveau système, système qui serait moins aliénant, plus harmonieux, qui ne serait pas un casino où le vainqueur rafle tout.
Il est urgent de lutter en faveur de l’emploi, d’aider les personnes bénéficiant d’emplois précaires sur le marché du travail et d’empêcher une précarisation des emplois normaux. Nous avons besoin d’un partenariat Union Européenne–Etats-Unis en matière de développement durable qui, bien sûr, présuppose que l’UE elle-même parle d’une seule et même voix. Des mesures modestes ont été prises avec l’adoption, le mois dernier par le Conseil européen, du paquet sur le changement climatique et du Programme de relance.
Notre action doit être vraiment européenne. Elle doit être plus inclusive. Nous devons intensifier les actions liées à la demande au niveau européen et national. Nous devons inclure les travailleurs et les syndicats dans ce New Deal social en renforçant les négociations collectives afin d’éviter une nouvelle série de politiques protectionnistes tout en nous renforçant jusqu’à devenir un contrepoids au monde de la finance et à la valeur des actionnaires.
Nous devons faciliter la restructuration, non pas en facilitant le recrutement et le licenciement mais en protégeant et en créant des emplois productifs et décemment rémunérés. Comme l’a dit un leader syndical australien, « le nouveau mot d’ordre dans les entreprises doit être les 3 R : retain, reskill et redeploy (conserver, former et réaffecter) ». Cela ne doit pas être la perte généralisée des emplois. Une réduction temporaire du temps de travail devrait se généraliser dans certains pays.
Nous devons faciliter la mobilité des travailleurs à l’intérieur de nos frontières internes, non pas en affaiblissant les droits fondamentaux – comme cela a été le cas suite aux arrêts de la CJE l’année dernière – mais en s’assurant que les travailleurs migrants sont bien accueillis car ne représentant pas une menace pour les accords existants. Le mois dernier, le Conseil européen a au moins convenu que l’importance prépondérante qu’il attache aux droits des travailleurs serait confirmée. Cette confirmation nécessite une nouvelle base juridique.
Pascal Lamy a raison de nous mettre en garde contre le recours à des politiques commerciales nationales protectionnistes.
Rappelez-vous de la loi Smoot-Hawley qui, pendant la Grande Dépression, a catalysé la sévère baisse du commerce entre les Etats-Unis et l’Europe passant en 1929 de son plus haut niveau à un niveau faible en 1932, ce qui a contribué aux tensions puis à la guerre.
Tout comme le marché unique européen, le marché mondial a besoin d’une dimension sociale. Les normes de l’OIT ne doivent pas être sapées par les accords de l’OMC.
Comme les membres de l’auditoire le savent, le mouvement syndical européen et international fait, depuis des années, pression pour que le commerce international ait une dimension sociale. Fondamentalement, la question du travail décent avec, au centre, les droits des travailleurs doit être promue comme faisant partie intégrante de nos relations commerciales. Il ne s’agit pas de protectionnisme, mais de gouvernance éclairée, une condition essentielle à l’acceptation du libre échange.
Dans la nouvelle génération d’Accords de libre échange actuellement négociée, la Commission tente d’ores et déjà d’inclure des chapitres sur le thème du développement durable.
Nous n’avons toutefois pas vu de tels progrès au niveau multilatéral - dans le contexte de l’OMC. Cela est maintenant impératif, non pas sous la forme d’une mesure protectionniste mais bien pour empêcher les sentiments protectionnistes que nous voyons croître autour de nous.
Dans le cadre du nouveau règlement que nous tentons de conclure, nous devons nous assurer que le commerce est au service du développement et de la démocratie. La santé et l’accès aux médicaments, l’éradication de la pauvreté, la protection de l’environnement, la garantie du respect des droits de l’homme, des droits démocratiques et syndicaux, tous ces points doivent être étayés par un système commercial équitable.
L’OMC est largement critiquée, mais selon nous, nous avons besoin qu’elle soit plus présente, pas moins. Le multilatéralisme est une solution. Une OMC, adaptée et démocratiquement dirigée, peut être l’instrument pour y parvenir.
L’actuelle crise de désespoir nous cause à tous d’énormes problèmes mais elle offre aussi de réelles opportunités, nous devons les saisir sans attendre. _
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