ETUC

La Stratégie de Lisbonne devrait être relancée en se concentrant sur la croissance ainsi que sur l’Europe sociale

La Commission européenne élabore actuellement des propositions pour relancer l’Agenda de Lisbonne dont l’objectif est d’accroître la croissance économique et les emplois.La Confédération Européenne des Syndicats (CES) conseille vivement à la Commission européenne de ne pas réduire le processus de Lisbonne à un agenda simpliste centré sur la compétitivité des coûts et la dérégulation.John Monks, le Secrétaire général de la CES, a insisté sur le fait que l’Europe sociale et le développement durable doivent être placés au cœur de la Stratégie de Lisbonne révisée si l’on veut s’assurer le soutien des citoyens pour poursuivre la construction européenne.« 

Une politique sociale inadéquate peut quelque peu améliorer à court terme les statistiques économiques, par exemple en réduisant les coûts et en créant des emplois précaires. A long terme, elle aura des conséquences néfastes sur la croissance et la compétitivité en amenuisant les connaissances de base des travailleurs, la santé de la main d’œuvre et la capacité et la volonté des travailleurs de s’adapter aux changements. Il ne s’agit certes pas là de la manière de donner à l’Europe une économie compétitive sur la base de l’innovation et de la haute productivité. Ce n’est pas non plus la manière de garantir le soutien des travailleurs au projet européen », a déclaré John Monks, Secrétaire général de la CES.

- L’Europe sociale menacée ?

Si la Commission européenne devait se limiter à se concentrer sur des actions de réforme structurelle dans le vain espoir qu’elles règlent rapidement la croissance sans prendre en compte les coûts sociaux, la Stratégie de Lisbonne relèguerait alors l’Europe sociale au second, voire au troisième plan.

La CES estime également qu’il est nécessaire de ranimer la croissance en Europe. Mais la Commission devrait traiter les problèmes réels ! Ce n’est pas la protection du marché de l’emploi qui cause le déclin de la croissance que connaît l’Europe depuis ces dernières années. Le problème réside dans le fait que les preneurs de décisions en matière de politique macro-économique (Banque Centrale Européenne, Ministres des finances nationaux) ont échoué à réagir de manière ponctuelle et flexible pour soutenir la croissance dans le cadre de chocs économiques négatifs (augmentation du prix du pétrole, perte de confiance).

De plus, mettre en exergue la litanie de la réforme structurelle et de la flexibilité illimitée du marché du travail a empiré les choses. Hantés par le spectre des délocalisations, les travailleurs européens craignent déjà pour leur emploi, leur salaire et leurs systèmes de protection sociale. Si en plus de tout cela, le message de la Commission européenne est de faire se sentir encore plus mal les travailleurs en imposant des réformes structurelles largement considérées comme un code de flexibilité, un démantèlement de l’Etat-Providence et l’affaiblissement des droits des travailleurs, la résistance aux changements augmentera alors davantage et la confiance en la reprise économique s’érodera.

L’Europe sociale et le développement durable comme base de la croissance économique et de la compétitivité

La CES demande instamment à la Commission européenne de respecter la philosophie initiale de Lisbonne et de maintenir un équilibre entre les piliers social, économique et environnemental. Tant la croissance que la l’Europe sociale devraient être placées au cœur de la Stratégie de Lisbonne révisée en :

- réformant le régime de la politique européenne macro-économique (réforme du Pacte de stabilité, plus grande reconnaissance par la politique monétaire de soutenir la croissance, d’améliorer la gouvernance économique, y compris de développer le dialogue macro-économique)

- investissant dans l’Europe sociale de sorte que les travailleurs détiennent les instruments nécessaires pour gérer les changements et s’y adapter d’une manière positive et constructive (formation accrue pour tous les travailleurs, réseaux de sécurité sociale améliorés combinés avec des politiques de marché en matière d’emploi, politiques visant à combattre la discrimination et les différences en matière de dimension de genre, investir dans de bons et abordables services à la petite enfance, assurer des droits à la main d’œuvre flexible, en particulier aux travailleurs intérimaires)

- De manière spécifique, afin de gérer les craintes des travailleurs en ce qui concerne le processus de restructurations et) devrait s’efforcer de donner à chaque personne sans travail le droit d’être assisté dans la procédure de recherche d’emploi (nouvelle formation, conseils en matière d’emploi, stages).

La Commission ne réussira à acquérir la « propriété » de la Stratégie de Lisbonne que grâce au soutien des travailleurs européens et des syndicats, si la croissance va de pair. Depuis le début, l’Europe sociale est également une politique prioritaire.



Vos commentaires sont importants pour nous.
Avez-vous trouvé cette page intéressante ?
Avez-vous un commentaire ?
 Vous pouvez répondre à cet article ici.



Dernière modification:janvier 28 2005.