ETUC
Introduction par :John Monks Secrétaire Général de la Confédération européenne des syndicats

Conférence : “Quels emplois dans une économie européenne sobre en carbone ? 20 - 21 février 2007

Madame la Ministre, Mesdames, Messieurs,

Vous venez réfléchir aux perspectives ouvertes par la low carbon economy et nous vous offrons une salle surchauffée... Il nous reste du chemin à faire !

Quoi qu’il en soit, je vous souhaite à toutes et à tous la bienvenue dans la maison syndicale internationale pour cette conférence sur le changement climatique et l’emploi organisée conjointement par la Confédération européenne des syndicats et ses partenaires de projet : la Social Development agency, l’institut Wuppertal, le cabinet Syndex et l’institut ISTAS.

Si je devais résumer le sujet de cette conférence, cela tiendrait en quelques mots : le changement climatique est d’abord et avant tout une question sociale.

Je ne veux pas, en disant cela, minimiser les risques pour l’environnement, et la conférence scientifique qui s’est tenue récemment à Paris a confirmé l’ampleur de ces risques. Il ne s’agit pas non plus de relativiser les enjeux économiques, qui ont été mis clairement en évidence par le rapport de Nicolas Stern. Mais il ne faut pas enfermer le changement climatique dans une querelle scientifique ou technologique, ni dans un choix économique pur.

Si nous voulons lutter efficacement contre le changement climatique, nous ne pourrons pas faire autrement que de prendre en compte les conséquences sociales, positives et négatives, des changements nécessaires. On ne peut dire que le changement climatique est une réalité (un réchauffement de près de 0.8° pour le 20ème siècle, entre 1.8 et 4° pour le 21ème) et ne pas se préoccuper de la prise en charge de ses conséquences. Si on ne fait rien, on sait qui paiera : les plus pauvres et les plus vulnérables, dans les pays développés comme dans les pays en développement.

Il est clair que les processus de réduction des émissions engendreront des changements dans l’organisation du travail, les emplois et les revenus. Ces changements doivent être innovateurs et positifs pour transformer la contrainte carbone en opportunité positive de développement de l’industrie européenne et de maintien de ses emplois. A cet égard, on ne peut ignorer les problèmes redoutables que pose l’insertion des industries lourdes mondialisées dans le marché européen du carbone, en l’absence de contraintes carbone équivalente dans les grands pays producteurs.

Il faut donc passer d’une version défensive des restructurations (les industries traditionnelles concurrencées par les émergents) à une vision offensive (préparer l’avenir). Les maîtres mots sont : anticiper, adapter, investir, et organiser les solidarités. On revient ainsi à la mission de base du syndicalisme : organiser la solidarité, au profit des plus pauvres et des plus vulnérables. La CES est convaincue que les partenaires sociaux ont un rôle clef à jouer pour relever ces défis. Le changement climatique ouvre un nouveau champ pour le dialogue social. Il s’agit au fond d’appliquer les dispositions du Traité qui prévoit que la Communauté européenne doit soutenir et compléter l’action des Etats membres pour ce qui concerne la protection de la santé et de la sécurité des travailleurs, leurs conditions de travail, la défense collective de leurs intérêts et leur protection en cas de licenciement. Sur chacun de ces chapitres, le changement climatique est susceptible d’avoir un impact. Pour la Commission comme pour les partenaires sociaux, le choix est clair :

-  nous pouvons tous jouer à l’autruche, la tête dans le sable. Les cyniques diront qu’avec le réchauffement, la désertification va s’accroître, offrant ainsi aux autruches un terrain de jeu plus grand...
-  nous pouvons aussi prendre nos responsabilités et identifier ensemble les secteurs qui pourraient être touchés par des restructurations provoquées par le changement climatique et à définir ensemble des stratégies d’anticipation et d’accompagnement. La Confédération européenne des syndicats a eu ce débat et l’a tranché à l’unanimité de son comité exécutif. Nousdemandons que la Commission prenne une initiative dans ce domaine, sur la base de l’article 138 du Traité, et j’attends du patronat qu’il réponde positivement à cette sollicitation. Et je compte proposer de faire de ceci un des axes prioritaires de l’action du syndicalisme européen, lors de notre Congrès de Séville en mai prochain. Pour mener ce dialogue nécessaire, nous disposons désormais d’une base : l’étude conduite par la CES et ses partenaires pour le compte de la Commission sur les conséquences du changement climatique sur l’emploi. Je profite de l’occasion qui m’est donnée pour remercier vivement la Commission, notamment Stavros Dimas, Commissaire à l’environnement, et les services de la DG Environnement, pour avoir soutenu cette initiative originale. Six pays européens, via leur ministère de l’environnement, se sont également associés à ce projet : il s’agit de l’Espagne, la France, le Royaume-Uni, l’Italie, la Belgique et la Finlande. Qu’ils en soient aussi remerciés. Et je souhaite que ces deux jours de conférence permettent d’engager le débat et de parvenir à un diagnostic partagé, base de progrès communs dans le futur. Nous avons structuré ces deux journées autour de six sessions :

- La première session discutera les principaux résultats de l’étude sur l’impact sur l’emploi du changement climatique et des politiques de réduction des émissions à l’horizon 2030.
- Les quatre sessions suivantes examineront les liens entre emploi et politique climatique dans les secteurs de l’énergie, des transports, du bâtiment et de l’industrie.
- Enfin, la dernière session se présentera sous la forme d’une table ronde de discussion avec des représentants des parties prenantes européennes. Le sujet sera l’implication des parties prenantes dans la mise en œuvre des politiques du changement climatique européenne.

Un mot pour conclure cette ouverture, si vous me le permettez, sans préjuger du débat. Sir Nicholas Stern a bien dit que le changement climatique était la plus grande défaillance de marché jamais vue. Dans cette capitale de l’Europe qui a parfois tendance à faire du marché une vache sacrée, il est temps que les autorités publiques et les partenaires sociaux prennent leurs responsabilités par rapport au marché. Il faut réviser les politiques existantes qui sont trop souvent orientées exclusivement vers la réduction des coûts. Nous avons besoin de régulations et d’incitations à long terme, sinon nous tomberons encore et toujours dans l’économie casino dénoncée par la CES. Et, à ce casino, il n’y aura que des perdants, comme l’a bien montré Nick Stern. Mesdames et Messieurs, Madame la ministre, il me reste à remercier toutes celles et tous ceux qui ont accepté de contribuer à cette conférence, vous tous qui vous êtes déplacés pour y assister ainsi que tous les experts du projet qui ont réalisé cette étude et préparé cette conférence.

Madame Narbona, ministre de l’environnement de l’Espagne, nous a fait l’honneur de bien vouloir ouvrir cette conférence, avant d’aller rejoindre le conseil des ministres de l’environnement qui discutera de la politique européenne en matière d’énergie et de changement climatique. Je l’en remercie vivement, et tiens à réitérer à cette occasion le soutien qu’apporte la CES à une stratégie climatique européenne ambitieuse, qui concilie de manière équilibrée les objectifs environnementaux, économiques et sociaux et qui, surtout, se traduise par la mise en œuvre au niveau européen de législations contraignants, s’appliquant à tous les secteurs, dans le souci de l’intérêt général.

Madame la Ministre, je vous passe la parole.



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Dernière modification:décembre 10 2012.