ETUC
Introduction de :John Monks Secrétaire Général de la Confédération Européenne des Syndicats

Mémorial Aneurin Bevan : le défi du nouveau capitalisme

A vérifier par rapport au discours prononcé

Ceux d’entre vous qui connaissaient Aneurin Bevan peuvent sans doute deviner quelle serait probablement sa réaction au titre que j’ai choisi ce soir.

Pour Nye, le capitalisme, c’était le capitalisme. Il était stable et immuable. C’étaient les propriétaires des mines du sud du pays de Galles, c’étaient les trafiquants d’esclaves, Cecil Rhodes et d’autres exploitants rapaces des travailleurs, dans l’Empire et dans le pays. C’étaient la cupidité, l’égoïsme et l’appât du gain qui primaient et déformaient toutes les autres motivations humaines. (Bien sûr, Bevan était souvent beaucoup plus sophistiqué et il aurait pu prononcer le discours ci-dessus pendant un cours de week-end du NUM. Il appréciait les bonnes choses de la vie - il avait même une petite touche de ce que les Français appellent "le socialisme caviar".)

Mais je ne pense pas qu’il aurait facilement adhéré au concept du nouveau capitalisme. Beaucoup de choses sont restées identiques, mais ma thèse ce soir, c’est que le capitalisme a changé de manière considérable et que la Gauche dispose généralement de peu de réponses intellectuelles, philosophiques ou politiques, du moins jusqu’à présent. Ce qui justifie l’utilisation du terme « nouveau » et la formulation d’une nouvelle stratégie pour y faire face. Mon objectif ce soir est d’en encourager d’autres à approfondir ces questions.

Depuis l’effondrement du communisme en raison de ses propres contradictions internes, le capital a plus ou moins le monde entier à ses pieds. Il peut aller pratiquement partout pour chercher les meilleurs profits. Il n’a peur de rien - aucun système concurrent ne menace son expropriation. J’avais été fortement frappé lorsque Bill Clinton avait visité le Vietnam vers la fin de sa présidence. « Vous avez gagné la guerre », avait fait observer Clinton ironiquement, « mais pour survivre, vous observez désormais les règles du capitalisme mondial ». Il aurait pu ajouter : « Nos règles, les règles américaines ».

Le protectionnisme existe encore dans de nombreuses parties du monde. La semaine dernière, j’ai noté avec intérêt que même dans l’économie ouverte de la Suède, la famille Wallenberg et ses fondements, qui jouent le rôle de holding pour plusieurs des grandes multinationales suédoises, sont accusés de protéger Scania, le constructeur de camions, contre une prise de contrôle allemande. Tout le monde ne laisse pas la bride sur le cou au nouveau capitalisme, mais des pressions existent.

Vous pouvez le constater à l’augmentation des niveaux d’inégalité. Si vous travaillez dans l’économie mondiale, en particulier dans ses secteurs financiers plutôt que dans l’industrie, il y a des chances que tout aille bien pour vous. Exceptionnellement bien, si vous êtes cadre.

En revanche, le nouvel atelier du monde est la Chine, et elle est suivie par d’autres pays en développement, qui ont des réserves de main-d’œuvre bon marché inépuisables - et un accès au capital. L’impact a été dévastateur pour certains secteurs de l’économie britannique, comme le textile et la chaussure.

Et surtout, vous pouvez le constater dans le fonctionnement des marchés financiers. Depuis les années 1980, les modifications apportées aux réglementations et les évolutions technologiques ont abouti à de gigantesques changements dans la manière dont les marchés financiers opèrent, dans le rôle des banques, et dans la montée des nouvelles formes d’investissement.

Le point de vue de la City est que cette tendance est presque totalement bénéfique, qu’elle rend les marchés financiers plus proches de la "concurrence parfaite" et des résultats optimaux. Tout au plus s’inquiète-t-elle de deux problèmes : l’activité illégale (fraude, etc.) et un éventuel risque systémique. Mais des évolutions récentes révèlent toute une série de problèmes, y compris des scandales comptables : les affaires WorldCom, Enron, etc. ont montré que les mécanismes du marché, combinés aux règles et réglementations d’audit existantes, sont incapables de protéger les investisseurs, les travailleurs et les retraités contre le risque de fraude. Il s’agit d’un nouveau capitalisme dépourvu de racines, de responsabilités géographiques. C’est ce que montre, par exemple, HSBC quand il laisse entendre et menace qu’il pourrait transférer son siège en dehors du Royaume-Uni.

Les options sur actions suscitent aussi de l’inquiétude. Une méthode de plus en plus populaire pour aligner les intérêts des actionnaires et ceux des directeurs, consiste pour les premiers à accorder aux seconds des options sur actions. Ce qui incite fortement les directeurs à gonfler le cours des actions et à réfléchir à court terme. Les projets d’investissement coûteux et à long terme (y compris dans la recherche et le développement) sont susceptibles de subir davantage de pressions afin de produire des résultats rapides, ou d’être abandonnés.

La pression des fonds de pension est un autre phénomène récent. La crise générale des pensions, plus le système des pensions de plus en plus axé sur le marché dans un certain nombre de pays (avec une concurrence visant à générer des bénéfices plus élevés), accroît "l’activisme" des gestionnaires de fonds de pension.

Ils investissent de plus en plus dans des capitaux plus risqués (notamment les fonds spéculatifs). Ils accroissent la demande de profits réalisés sur des investissements dans des entreprises productives, en privant celles-ci de ressources. Et ils restructurent plus fréquemment leurs portefeuilles, ce qui réduit les certitudes des entreprises quant à un financement futur. (En moyenne, les fonds d’investissement détiennent des participations dans les entreprises allemandes pendant moins de 2 ans). Beaucoup de ceux parmi nous qui reçoivent une pension sont également actionnaires, et nous devrions nous inquiéter de ce que les pensions deviennent plus incertaines tandis que ce nouveau capitalisme, censé agir pour nous, devient de plus en plus puissant.

Les fonds de capital-investissement sont aussi très préoccupants : leur stratégie la plus préjudiciable (démembrement des actifs) consiste à acheter des entreprises dont le cours de l’action, pour l’une ou l’autre raison, a chuté en dessous de la valeur de leurs actifs. Ces derniers sont vendus avec un bénéfice. Les gestionnaires de fonds s’enrichissent pendant que les emplois (de qualité) se perdent et que des entreprises bien établies (disposant de systèmes consensuels de relations du travail) sont détruites.

Dans d’autres cas, des entreprises sont achetées puis "restructurées", avant d’être vendues avec un bénéfice. L’impact économique plus large de ces pratiques dépend, bien entendu, de la nature de la restructuration effectuée. Le fabricant allemand d’accessoires de salles de bains Grohe est l’exemple d’une entreprise performante, systématiquement mise à mal par des rachats successifs. Les exemples britanniques sont nombreux.

Ce qui est certain, c’est que l’implication d’un fonds de capital-investissement privé se caractérise presque toujours par un degré d’endettement important. En d’autres termes, le rachat est financé par les dettes : l’entreprise rachetée devient responsable du service de ces dettes. Malheur à Manchester United, lourdement endetté, s’il ne parvient plus à remplir le stade d’Old Trafford.

L’aspiration à des bénéfices plus élevés, qui en découle, exerce inévitablement une pression à la baisse sur les salaires et les conditions de travail. Même s’il n’y a pas de pertes d’emplois, les propriétaires de capitaux-risques sont perçus comme étant moins intéressés à long terme par des questions plus techniques propres à un secteur de production particulier, et beaucoup plus enclins à remettre en question les normes, les procédures et les structures existantes, en particulier celles qui concernent les travailleurs, les syndicats et les comités d’entreprise. À son tour, ceci menace l’engagement des travailleurs vis-à-vis de l’entreprise pour laquelle ils travaillent, leur volonté de s’investir dans des compétences spécifiques à l’entreprise, etc. Il y a là peu de place pour un fonctionnement en partenariat.

Les stratégies défensives coûteuses sont également préoccupantes. Les dommages potentiels provoqués par des fonds spéculatifs ne se limitent pas à des prises de contrôle effectives ; les pressions visant à éviter des prises de contrôle hostiles obligent la direction en exercice à prendre des mesures qui soutiennent à court terme le cours de l’action de l’entreprise (y compris en reportant la vente des actifs, l’investissement dans des actifs et en licenciant des travailleurs), ce qui a des effets pervers sur les performances à long terme de l’entreprise. Il doit être difficile de diriger une entreprise en faisant des choses difficiles, quand vous êtes en vente chaque jour et chaque nuit de chaque année.

Le financement bancaire évolue. Dans de nombreux pays européens, les banques ayant des liens étroits avec "leurs" entreprises industrielles, étaient traditionnellement le principal canal de financement externe. En outre, dans certains d’entre eux, les banques publiques (et diverses formes de coopératives) étaient importantes. Dans les années 1980, ce modèle était caractéristique, en particulier, de l’Allemagne, de l’Autriche et d’autres économies performantes (dans les pays anglophones, il était souvent considéré à l’époque comme un système supérieur à notre modèle anglo-saxon).

Mais plus récemment, ces pays ont évolué vers une intensification du rôle des marchés boursiers (finances par actions) selon des critères anglo-saxons, ce qui se reflète, en particulier, dans les récentes performances de ces économies, considérées comme supérieures. Cette rupture des relations étroites entre banques et entreprises a provoqué de graves problèmes, surtout en Allemagne, où les petites et moyennes entreprises, en particulier, ont été confrontées à un resserrement du crédit. L’existence des banques publiques - critiquées par l’orthodoxie en raison de leur attribution de capitaux prétendument inefficace - a aussi permis la poursuite d’objectifs de développement régional plus larges et la prise en compte des liens inter-entreprises dans les décisions de prêts. Par ailleurs, de tels prêts sont beaucoup moins procycliques et, enfin et surtout, des garanties gouvernementales ont efficacement réduit le coût du capital. Pourtant, des pressions cherchent à détruire les banques publiques en Europe.

Je plaide coupable d’être l’un de ceux qui ont sous-estimé l’impact des changements. Certains d’entre vous se souviennent que lorsque je suis devenu Secrétaire général du TUC en 1993, j’avais placé la promotion des partenariats sur le lieu de travail au centre du programme futur du TUC. Je ne me rendais pas bien compte de ce qui se passait de l’autre côté de la table. En fait, je n’ai compris ce que fait un fonds spéculatif que lorsque le petit ami de ma fille a décroché un emploi dans ce type de fonds. Après son explication, ma première question a été : « Joe, est-ce légal ? »

L’idée d’un partenariat avec le capital n’aurait pas enthousiasmé Bevan - et nombreux sont les syndicalistes qui ressentent la même chose. Pour eux, un partenariat est une collaboration entre classes, une coucherie avec l’ennemi. Pour d’autres, si un partenariat se situe seulement au niveau du lieu de travail et non dans les hautes sphères stratégiques de l’économie, c’est un partenariat inégal. « Comme un homme et son chien », disait un critique en faisant la moue.

Mais ma motivation s’expliquait par l’expérience de la réussite du processus de reconstruction d’après-guerre dans de nombreux pays européens, qui était sous-tendu par un partenariat entre les syndicats et les employeurs. Parfois, cela a débouché sur de véritables politiques de revenus, avec des syndicats plus cohésifs et solidaires, et des programmes de négociations collectives plus larges qu’au Royaume-Uni. Souvent, cela a donné lieu à des entreprises plus performantes et plus productives, dans des secteurs où nos entreprises périclitaient.

Ce qui m’a aussi frappé lors de mes nombreuses visites dans des entreprises britanniques, c’est à quel point les délégués syndicaux et les travailleurs souhaitaient que leur entreprise soit performante. Et pas seulement parce que la sanction des échecs se traduisait évidemment par des faillites et un chômage important, qui ont caractérisé les années 1980 et le début des années 1990. Ils étaient fiers de ce qu’ils faisaient, des succès qu’ils remportaient. Peu d’entre eux se contentaient de réciter une liste de problèmes et de griefs. L’aliénation était rare.

Par conséquent, notre cause, c’étaient des accords de partenariat basés sur le respect mutuel, avec une forte productivité en échange de l’engagement de former les travailleurs et de maintenir l’emploi, ou du moins d’éviter des licenciements économiques forcés.

Elle n’avait rien d’original : ses premiers défenseurs avaient été Bill Jordan, John Edmonds, et, je suppose, Eric Hammond, bien que ses clauses de paix sociale aient beaucoup discrédité le terme partenariat.

Comme beaucoup d’entre vous le savent, le TUC a créé le Partnership Institute, le gouvernement travailliste a suivi avec le Partnership Fund, et beaucoup d’autres, comme l’IPA, continuent à faire passer le mot.

Mais voici maintenant ma question : un partenariat avec qui ? Et que s’est-il passé du côté des patrons ?

Certaines entreprises de partenariat se sont bien développées. Tesco et Barclays Bank ont prospéré et l’attribuent en partie à une amélioration de leurs relations industrielles grâce aux accords de partenariat.

D’autres ont disparu, Rover, tragiquement, dont le « New deal » était un pionnier des accords de partenariat. Beaucoup d’autres ont été absorbées par des multinationales ayant une influence dans le monde entier et des marques mondiales, souvent sans propriété britannique.

Une chose est sûre : les changements dans la structure des entreprises ont été rapides et profonds, et le défi pour les syndicats consiste souvent à identifier qui sont les partenaires - ou si, tout comme Bevan, vous n’aimez pas le terme "partenaires" - avec qui devrions-nous négocier ? Avons-nous des alliés et des points de pression ? Quel est l’avenir des syndicats dans le nouveau capitalisme ?

Ce sont des questions essentielles à aborder ce soir.

Voyez l’économie britannique. Certains ont utilisé le terme « Wimbledonisation » - c’est-à-dire que nous fournissons un bon emplacement mais que les trophées sont remportés par des étrangers. Ce n’est pas totalement exact pour tous les secteurs de l’économie, mais si vous regardez les intérêts étrangers des banques d’investissement et de beaucoup d’autres grandes entreprises de services financiers et professionnels ; les services collectifs, les constructeurs automobiles et les aéroports ; la vente actuelle de Corus Scottish Power, peut-être d’AMEC et de John Laing ; les acheteurs américains qui tournent autour de notre principal fabricant, British Aerospace, on voit émerger l’image - en dehors des produits pharmaceutiques et du pétrole -, d’entreprises étrangères qui détiennent de nombreux fleurons de l’économie britannique - sans parler de Manchester United et de Chelsea, les fleurons actuels de la première division. Nous l’avons appris, il y a un prix pour tout.

Je me demande souvent où se trouvent les partis nationalistes pendant ces ventes "razzias" des ressources britanniques. Où sont les conservateurs et l’UKIP lorsque nous avons besoin d’eux ? Ils ont largement leur mot à dire lorsqu’il est question d’un peu plus de souveraineté partagée au niveau européen. Mais ils se taisent lorsque nos principales ressources nationales font l’objet de ventes sauvages. Ou peut-être ont-il des amis qui gagnent de jolis honoraires en organisant ces ventes. (Ce n’est pas tout à fait le célèbre discours sur la « vermine » de Bevan qui décrivait les Tories chez Belle Vue, Manchester, mais il y a là une petite touche bévaniste).

En plus de vendre nos fleurons, nous avons la progression de la valeur pour l’actionnaire et son importance dans la fixation des rémunérations des cadres. Il fut un temps où les gratifications des cadres avaient un certain rapport avec celles des autres employés et se trouvaient dans le même fonds de pension. Ces liens ont disparu, ce qui contribue, entre autres choses, à affaiblir de nombreux fonds de pension pour employés.

Les salaires des cadres ont augmenté de 28% l’année dernière. Récemment, les Services des Données sur les Revenus ont signalé qu’au cours de leurs 15 années de contrôle des rémunérations des cadres, ceux-ci n’avaient jamais été aussi nombreux à gagner autant. Je n’ai compris que récemment le temps et l’énergie que certains conseils d’administration consacrent à leurs propres rémunérations et gratifications. Bien sûr, ils négocient entre eux et, quand on se trouve dans cette position, il est facile de s’accorder le bénéfice du doute. La comparabilité est peut-être moins pertinente que dans le passé pour la plupart des travailleurs, maintenant que nous nous trouvons dans une période de faible inflation. Mais il s’agit encore d’un principe puissant dans une salle de conseil. « Veillez à ce que nous restions dans le quartile supérieur » est le slogan de la campagne, mais ils n’ont pas besoin de l’inscrire sur une bannière ni de descendre dans la rue.

Ils semblent ne pas se soucier de ce que peut en penser le reste de leur force de travail. Ils ressemblent de plus en plus aux Bourbons - et ils devraient savoir ce qui est finalement arrivé aux Bourbons. Soit dit en passant, cette attitude éhontée contraste avec ce qui se passe en Allemagne, où Siemens a annulé une augmentation de 30% des rémunérations de ses cadres, après une débâcle de ses ventes de téléphones mobiles. Cela ne se serait jamais passé ici - la débâcle peut-être, mais certainement pas l’annulation d’une augmentation salariale.

Les optimistes espèrent que tout ceci sera maîtrisé par des actionnaires mieux informés, plus actifs. Après tout, les actionnaires d’aujourd’hui sont en grande partie des fonds de pension, des compagnies d’assurance-vie et des mutuelles, qui cherchent à obtenir un rendement aussi élevé que possible pour leurs membres, pour nous, et pour des millions de gens comme nous. Ils espèrent que nos valeurs mettront la pression sur les magnats et les titans des conseils d’administration, afin qu’ils se comportent de manière responsable et améliorent leur gouvernance.

J’espère qu’ils ont raison, et je connais la sincérité de certaines personnes dans ce domaine. Mais je ne peux m’empêcher de constater que certains investisseurs, qui se targuent de travailler en respectant un programme de responsabilité sociale dans l’entreprise, peuvent aussi être les plus acharnés à rechercher des rendements élevés. C’est ainsi que le fonds de pension le plus important au monde se tournent de plus en plus vers des investissements dans des fonds spéculatifs. Le Californian Public Employees Retirement Scheme a récemment reçu l’autorisation d’investir jusqu’à 25% de son portefeuille dans des fonds spéculatifs. Railpen, le fonds des chemins de fer britanniques, a investi £ 600m, et Sainbury a triplé ses investissements dans des fonds spéculatifs.

Bien sûr, comme le disait récemment Janet Bush dans le New Statesman, les fonds spéculatifs ne sont pas nouveaux, ils sont seulement tristement célèbres. Ils existent depuis la fin des années 1970. Mais leur importance s’accroît, et les fonds qu’ils gèrent équivalent au PIB de la huitième plus grande économie au monde - le Brésil - et leur croissance a été multipliée par 5 depuis 1998.

Mais combien d’entre nous comprennent bien ce qu’est un fonds spéculatif ? En voici une définition tirée de « Google ».

« Le terme fonds spéculatif en est venu à signifier un fonds d’investissement relativement non réglementé, qui prend souvent la forme d’un partenariat plutôt que d’une société et se caractérise par des stratégies d’investissement non conventionnelles (c’est-à-dire des stratégies qui ne consistent pas à investir uniquement dans des obligations, des actions ou des marchés monétaires).

Les fonds spéculatifs utilisent des stratégies alternatives, comme la vente à découvert, l’arbitrage, les options négociables ou les produits dérivés, en utilisant un effet de levier financier, en investissant dans des titres apparemment sous-évalués, des produits échangés et des contrats HC, et en cherchant à profiter de l’écart entre le prix actuel du marché et le prix d’achat final, dans des situations telles que les fusions. Lorsque des stratégies se complexifient énormément, les fonds spéculatifs peuvent entraîner un risque potentiel et non anticipé de pertes catastrophiques. »

Autres faits pertinents - ils attirent de nombreux jeunes cerveaux scientifiques, qui comptent parmi les plus doués de la nation et caressent l’espoir de réaliser des gains fabuleux. Ils sont souvent basés dans des paradis fiscaux. La plupart des banques les plus importantes au monde gèrent ce type de fonds, en plus de leurs autres activités plus orthodoxes. Et elles recherchent des rendements rapides - environ 15% par an. Les organismes de surveillance nationaux ne savent que faire, et ils craignent que les fonds n’émigrent pour de bon s’ils font quelque chose. Le vice-chancelier allemand Franz Müntefering les qualifie de « sauterelles ». Il a raison.

Il faudrait que la Commission européenne s’en occupe si les États nations sont trop timorés pour le faire. Mais le Commissaire européen du marché intérieur, Charlie McCreevy, a récemment exclu toute nouvelle règle. Il a déclaré que les fonds spéculatifs jouent un rôle crucial et font entrer la « crainte de Dieu » dans le conseil d’administration des entreprises - au bénéfice de tous - prétend-il. Ce sont les Américains, échaudés par d’énormes scandales financiers, qui semblent un peu plus susceptibles d’agir. Ce qui est évident, c’est que personne au Royaume-Uni ne relève ou n’ose relever le défi - et quelque 70% des fonds spéculatifs européens sont basés à Londres, sauf bien sûr pour des raisons fiscales ; 80% des fonds spéculatifs mondiaux opèrent depuis les îles Cayman pour des raisons fiscales.

Je me suis concentré sur les fonds spéculatifs et leur ahurissante série de variantes, afin de montrer à quel point le secteur des services financiers est devenu puissant. Mais si les fonds spéculatifs sont "l’Aile provisoire" du secteur, il y a plein d’autres acteurs plus traditionnels qui contribuent à la situation d’un capitalisme casino financé par des dettes, les entreprises publiques, sauf si elles sont très solides, n’étant que des pions sur les tables de jeu.

Dans les syndicats, nous savons que lorsque ce capitalisme investit des secteurs tels que l’agroalimentaire et les boissons, l’hôtellerie et la restauration collective, il accélère les licenciements, la précarisation et l’externalisation. Il « ajoute de la volatilité à un mélange destructeur, ce qui est profondément déstabilisant pour les travailleurs et leurs syndicats ». L’Union internationale des travailleurs de l’alimentation et de l’hôtellerie en a une expérience directe, étant donné que les confédérations membres s’adressent au syndicat international pour qu’il les aide à contrer les offensives de certaines entreprises.

Souvent, ces offensives sont encouragées par les actionnaires investisseurs qui recherchent de gigantesques taux de rendement. Les syndicats qui cherchent à négocier à propos de changements des conditions de travail, de l’impact des restructurations ou des menaces de fermeture, se heurtent aux intermédiaires des nouveaux pouvoirs financiers. Ces gens s’intéressent peu à des arguments en faveur d’une amélioration de la production ou des services, d’une meilleure capacité de production, de nouvelles lignes de produits, de la viabilité à long terme des marchés ou des besoins des consommateurs. Ils veulent des rendements immédiats.

Certains vous diront qu’il en a toujours été ainsi dans les affaires, mais examinons quelques exemples tirés du secteur agroalimentaire et des boissons :

• En 2006, Heineken a annoncé ses résultats semestriels, avec des bénéfices de 56% supérieurs à ceux de la période précédente. Par ailleurs, l’entreprise annonçait la suppression de 1.000 emplois pour l’année suivante. • Le brasseur Inbev a annoncé une augmentation de 15,3% de ses revenus et prévoit en même temps de supprimer 360 emplois ; alors qu’ils ont déjà fermé ma brasserie favorite de Boddington à Strangeways, Manchester. • Nestlé a annoncé une augmentation de 21 % de ses bénéfices nets, tout en promouvant l’insécurité de l’emploi, des pertes d’emplois, une externalisation, de la précarisation, des transferts de production et des fermetures. • Gate Gourmet est peut-être le cas le plus célèbre au Royaume-Uni. Pendant des semaines, les actualités ont parlé des courageuses femmes asiatiques qui travaillaient pour l’entreprise de restauration collective de British Airways et se battaient pour leur emploi. Gate Gourmet avait été rachetée par la société de capital-investissement Texas Pacific - qui d’ailleurs a actuellement des visées sur AMEC. La nouvelle entreprise prévoyait une période de « croissance organique » qui débutait, selon les termes d’IUF, par « un assaut soigneusement planifié contre les syndicats, en commençant par Heathrow ». La société a discrètement engagé des centaines de travailleurs sous contrat avant d’organiser une attaque contre la main-d’œuvre existante et leurs conditions de travail. Vous avez certainement vu les images à la télévision : des centaines de femmes âgées en sari, debout à un rond-point et faisant grève pour leur emploi, à qui un directeur américain venait annoncer qu’elles étaient virées.

Souvent, le problème que nous rencontrons ici, c’est que les gestionnaires de fonds qui contrôlent ces entreprises, ne se considèrent pas en fait comme des employeurs. Il y a peu de systèmes où ils sont définis comme des employeurs, et ils n’ont aucune des obligations juridiques qu’ont les employeurs. Dans le cas de Gate Gourmet, cette entreprise refuse d’admettre que les décisions de gestion qu’elle a prises ont quelque chose à voir avec Texas Pacific, bien qu’elle reconnaisse son obligation fiduciaire vis-à-vis de la société d’investissement. J’allais dire la « société mère ». Dans le passé, j’aurai pu utiliser ce terme dans un sens juridique précis, mais les nouveaux fonds d’investissement ne sont pas des "mères". Ils veulent diriger leurs enfants, mais ce ne sont pas des "mères"... ni des employeurs.

Ainsi, nous constatons encore une autre désintégration du lien social entre le travailleur et l’employeur. Cette relation, qui date de la révolution industrielle et d’avant, a produit des couches successives de législation du travail et, ce qui est important, une culture impliquant d’importants droits sociaux et obligations. Le nouveau capitalisme n’en veut pas. Il veut être libre comme l’air, sans obligation. Dans le passé, lorsque des syndicats - en particulier en Amérique du Nord - se rendaient compte qu’une campagne contre l’entreprise pouvait s’avérer plus efficace qu’une grève, nous avons remporté quelques succès notables. Mais qu’en est-il si le propriétaire final est un fonds spéculatif ?

Est-il possible de faire pression sur AGM, comme nous le faisions grâce à nos compagnes contre des entreprises ? Pouvez-vous vous organiser avec d’autres groupes d’actionnaires mécontents comme nous le faisions à l’époque ? Ce n’est pas si simple.

La Banque centrale européenne s’inquiète de tout ceci, même si ce n’est pas le cas de M. McCreevy. Les autorités américaines sont préoccupées elles aussi. Mais la crainte d’agir est largement répandue et profondément enracinée. Ford Motor Company ne traite plus ses banques et ses investisseurs avec un léger dédain, en exigeant leurs services aux conditions de Ford. Les nouveaux titans ne sont pas les anciens. C’était Ford à l’époque, aujourd’hui, c’est Goldman Sachs. Ce sont les marchés des capitaux qui mènent la danse.

Alors, devrons-nous tous nous habituer au nouveau langage des financements spéculatifs, des prêts secondaires, du financement mezzanine, du prêt consortial, des swaps sur défaillance, des obligations sur dette garantie, etc. ?

Je le crois. Tout ceci est trop important pour que nous le laissions à des praticiens qui ont un intérêt direct à cacher aux autres ce qu’ils font. Au minimum, nous devons comprendre ce qu’ils font et en débattre de manière beaucoup plus approfondie - le fait qu’ils spéculent et prennent des risques, que ces pratiques sont dangereuses pour la stabilité économique, l’industrie traditionnelle et les emplois. J’aimerais que dans la presse, les pages de la City soient plus provocatrices et moins respectueuses dans ces domaines.

Alors que pouvons-nous faire d’autre ? Les réponses ne sont pas simples. Si vous croyez comme moi que le récent succès relatif de l’économie britannique était basé sur une augmentation du prix de l’immobilier, alimentée surtout par les bénéfices du secteur des services financiers et peut-être, plus récemment, l’augmentation du secteur public, on peut comprendre que le gouvernement s’inquiète d’une intervention maladroite, avec des conséquences négatives ou involontaires.

Mais nous devrions cesser d’accorder aux services financiers une place particulièrement privilégiée dans l’économie britannique. C’était la seule industrie mentionnée spécifiquement dans les cinq tests du Trésor à propos d’un éventuel passage à l’euro. Pourtant, les bénéfices britanniques d’outremer provenant de la City n’atteignent toujours qu’un dixième de ceux provenant de l’exportation de marchandises. Avec toutes les pressions, le vieux capitalisme n’est pas mort. Il a besoin d’aide et de respect, non de manque de laisser-faire. Il faut qu’il se défende, qu’il fasse entendre davantage sa voix et ne soit pas rempli d’un respect mêlé d’admiration pour les marchés financiers. Il faut que CBI prenne parti beaucoup plus clairement pour l’industrie au lieu de s’opposer simplement - comme il le fait en pilote automatique - au lobbying des syndicats et à toute allusion à une réglementation. Il faut lutter contre le secteur financier tout-puissant.

En second lieu, nous devons examiner - et je suis actuellement en train de faire pression sur l’UE pour qu’elle le fasse et je continuerai à le faire lors du prochain dialogue macroéconomique - comment les marchés des capitaux financent la recherche, le développement et l’innovation - si c’est le cas. Je crois que la prochaine grande idée après la révolution IT sera la technologie de l’environnement. C’est ce que fait General Electric of America qui concentre sa R+D sur ce domaine. Les combinards de la City gagneront-ils au moins une partie de leurs grosses primes en soutenant des capitaux risqués par nature, sur des questions difficiles telles que le changement climatique et l’énergie renouvelable. Je crains que ce ne soit qu’un espoir. La réflexion à court terme est l’ennemie de l’innovation et du R+D.

Par conséquent, pouvons-nous réexaminer l’idée d’une banque nationale d’investissement qui fournirait des capitaux à des fins productives, dans des domaines essentiels du défi scientifique et technologique ? Il faudrait que cela s’inscrive dans le contexte du marché unique européen, mais nous devons trouver un moyen de soutenir sérieusement la recherche et le développement, ainsi que l’innovation. Nous ne pouvons compter sur le marché, surtout étant donné la manière dont il évolue.

Ensuite, nous devrions dénoncer farouchement les agissements répréhensibles des entreprises - et engager des poursuites judiciaires. Il ne s’agit pas de crimes sans victime. Les auteurs nous volent tous, et ils ne devraient pas pouvoir s’en tirer. Encore une fois, les Américains montrent la voie à suivre, en ignorant à juste titre la sollicitude mielleuse de CBI pour les Britanniques mêlés au scandale Enron.

Ensuite, il faudrait que les politiciens ne se laissent pas intimider par ce qui se passe. Le désenchantement actuel vis-à-vis de la politique traduit le sentiment qu’il n’y a pas de réponses aux grands problèmes. Le gouvernement travailliste s’efforce avec acharnement de modifier le cours des choses dans certains domaines - par exemple, la pauvreté des enfants, l’Afrique, le NHS. Il a réussi en ce qui concerne d’autres problèmes, en particulier, en atteignant un taux d’emploi élevé. Qui honnêtement aurait pensé il y a 10 ans qu’un jour, nous nous rapprocherions de nouveau du plein-emploi ? Nous ne sommes pas fiers de la qualité de certains emplois, mais la réussite est réelle. Nye Bevan l’aurait apprécié, même s’il aurait été perplexe en entendant les ministres du gouvernement et les anciens ministres critiquer de manière si vigoureuse et confuse les résultats des dépenses record de son cher NHS. On n’a pas besoin d’une opposition ni du Daily Mail si son propre camp attire l’attention sur les points négatifs.

Pourtant, je critique le gouvernement pour n’avoir pas affronté la montée de ce nouveau capitalisme tout-puissant. Son souci était et reste les syndicats tout-puissants. La réalité, c’est la toute-puissance des capitalistes financiers. Pourtant, au début, il y a eu quelques signes d’une promesse, jamais tenue. En 1996, Tony Blair prononçait un discours à Singapour, où il demandait que la participation nous guide à l’avenir, et non la valeur pour l’actionnaire. Il suivait Will Hutton, qui avait fait l’éloge du modèle rhénan en Allemagne et en France dans son best-seller « The State We Are In ». Hutton avait demandé une responsabilité entrepreneuriale vis-à-vis des syndicats, des communautés, de l’environnement et des actionnaires. Transporté de joie, j’avais immédiatement rédigé un article pour le Times afin de saluer cette conversion à la Damas.

Ma joie a été de courte durée. Avant même que l’avion de M. Blair n’atterrisse à Heathrow, la signification du discours avait été redéfinie à la hâte. Il était précisé clairement qu’il n’était pas question de doter les syndicats d’un nouveau pouvoir, le parti travailliste était l’ami des entreprises et du capital et n’encourageait en rien le partenariat. Le terme partenariat n’a plus jamais franchi les lèvres du premier ministre, ni du chancelier. Et pourtant, pourtant...

Le dernier projet de loi sur les sociétés codifie le principe de ce qu’il appelle la « valeur éclairée pour l’actionnaire ». Cela nécessite qu’un directeur encourage le succès de l’entreprise dans l’intérêt à long terme du personnel, des fournisseurs et des clients de l’entreprise, de la communauté et de l’environnement, et afin de maintenir une réputation de normes élevées. Je ne sais pas encore ce qu’il faut en penser, mais il s’agit d’une étape bienvenue dans le sens du partenariat.

Enfin, quelle devrait être la réponse des syndicats ? Il se peut que nous ne l’ayons pas toujours apprécié, mais nous savions où nous en étions avec Ford Motor Company. Goldman Sachs, en revanche, est une terre étrangère, et les fonds spéculatifs sont dans un autre univers. Nous n’arriverons à rien en les dorlotant, mais il y a largement matière à campagne en ce qui concerne la réputation des institutions financières en vue. Nous devrions le faire et mobiliser notre propre force d’actionnaires. Après tout, les travailleurs représentent encore environ 50% des administrateurs de certains de nos plus grands fonds de pension.

Nous devons aussi soutenir le nouveau TUC international, constitué il y a 2 semaines par des syndicats socialistes, chrétiens et ex-communistes. Il enterre les vieux conflits tribaux dans nos propres rangs, afin de conduire la lutte contre la face sombre de la mondialisation et de mener campagne en faveur d’une taxation des spéculateurs comme la taxe Tobin. Nous devons lui apporter notre soutien pour qu’il devienne le champion des bonnes pratiques d’entreprise, des relations décentes avec des employeurs décents, tout en luttant impitoyablement contre les spéculateurs. J’assumerai la tâche supplémentaire de secrétaire général d’une région paneuropéenne d’ITUC, opérant du Connemara à Vladivostok.

Nous devons aussi utiliser pleinement la dimension européenne. Une région du monde comptant 450 millions d’individus, caractérisée par des États providence décents, des dépenses publiques avoisinant 40% du PIB en moyenne, d’excellents services publics dans la plupart d’entre eux, les syndicats les plus forts au monde, une démocratie et des droits syndicaux qui se propagent en Europe de l’Est - cette Europe sociale me semble être une grande source de force syndicale. Elle peut affronter les capitalistes "casino", promouvoir le respect et récompenser ceux qui font vraiment quelque chose pour améliorer notre société. Nous devons l’encourager à développer les règles de jeu européennes du nouveau capitalisme, et à participer à l’élaboration de règles mondiales. Il ne suffit plus - si ce fût jamais le cas - que le gouvernement travailliste rejette les initiatives européennes visant à créer davantage de coordination et d’ordre sur les marchés financiers.

Nye Bevan ne rêvait pas d’un avenir européen commun. Il considérait le marché commun comme un véhicule du capitalisme. Ç’aurait pu effectivement être le cas et certains cherchent encore à ce qu’il en soit ainsi. Mais jusqu’à présent, l’action syndicale et socialiste - et pour être honnête, l’action de la démocratie chrétienne également - en a fait quelque chose de tout différent. Et Bevan était bien sûr un internationaliste qui, aujourd’hui, aurait reconnu que le nouveau capitalisme mondial exige une réponse mondiale. Il aurait reconnu que, dans ce domaine et dans d’autres, tels que la pauvreté dans le monde et le réchauffement planétaire, le fait d’être britannique est important mais ne suffit pas.

Nous devons mener sans cesse le combat. Chaque génération doit se mobiliser pour préserver ce que nous avons et promouvoir un progrès basé sur les valeurs de la solidarité sociale. Si je reviens à la référence aux insectes du vice-chancelier Müntefering, je crois que l’avenir doit reposer sur l’abeille industrieuse et non sur la sauterelle dévastatrice, sur des syndicats puissants qui équilibrent le capital - et, oui, quand c’est possible, en formant des partenariats - et sur un gouvernement actif, au niveau international, européen, national et régional. Nous ne pouvons compter seulement sur les actionnaires actifs.

Ce soir, président, je vous ai présenté les points de vue des syndicats à propos du nouveau capitalisme. Comme toujours, les problèmes sont plus clairs que les réponses. Mais la mémoire d’Aneurin Bevan exige que nous nous attachions inlassablement et de toute urgence à chercher ces réponses. Notre avenir - l’avenir du monde - est trop important pour que nous le placions entre les mains des nouveaux capitalistes.

Merci.



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Dernière modification:décembre 14 2006.