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L’Europe sociale comme moteur de la croissance économique : La CES soutient le rapport Kok mais regrette que la cohésion sociale et le développement durable aient été oubliés

La Confédération européenne des syndicats (CES) soutient le rapport sur l’évaluation à mi-parcours de la Stratégie de Lisbonne, demandé par un groupe de haut niveau (HLG) dirigé par Wim Kok, et présenté aujourd’hui à la Commission européenne. Cependant la CES fait remarquer des oublis importants. Selon le mouvement syndical européen, le dialogue social et le partenariat social européens sont en effet déterminants pour atteindre les objectifs de Lisbonne. John Monks, Secrétaire général de la CES a déclaré : “L’approche fondamentale du groupe de haut niveau est la bonne. Les objectifs de Lisbonne sont d’une part de renforcer la cohésion sociale et le développement social durable ; d’autre part, de faire du dialogue social et des partenariats sociaux un élément constitutif de l’avantage compétitif de l’Europe, un outil indispensable pour atteindre un niveau élevé de croissance et d’emploi. Lisbonne n’a certainement pas pour but d’effrayer les travailleurs et citoyens européens par un agenda étroit, décidé sans eux et axé sur une déréglementation pure ainsi que sur une baisse de leur niveau de vie et de leurs standards sociaux. ”Toutefois, le rapport ne retient que deux des politiques qui composent la Stratégie de Lisbonne : l’emploi et la croissance. Or cette Stratégie implique également la cohésion sociale et le développement durable : les quatre devant se soutenir mutuellement pour en garantir sa réussite. Pour la CES, il est donc important pour atteindre les objectifs fixés à Lisbonne de développer aussi de véritables politiques de cohésion sociale et de développement durable, ces dernières ne découlant pas nécessairement et spontanément des deux autres.

La CES soutient les demandes du HLG en ce qui concerne :

· Les propositions de mesures renforçant la dimension sociale européenne en tant que moteur de productivité et de croissance : l’appel à plus de réformes ne doit pas être interprété comme impliquant un affaiblissement des droits et de protection des travailleurs. Au contraire, le rapport soutient que ‘non seulement les politiques sociales luttent contre la pauvreté, mais contribuent également à augmenter la main-d’œuvre disponible, à accroître la productivité de cette main-d’œuvre et par conséquent à accroître la croissance économique’.

· Une politique conçue sur la base du dialogue social et en étroite collaboration avec les partenaires sociaux, tant au niveau national qu’européen : associer les partenaires sociaux en faisant appel à un ‘partenariat pour le changement’. Les plans d’action nationaux doivent être soumis à un débat impliquant les partenaires sociaux nationaux, et le programme d’action sociale européen doit contribuer à la mise en œuvre de Lisbonne. ‘Le dialogue social est essentiel pour la productivité de l’Europe et pour sa capacité à s’adapter au changement.’

· Un cadre macro-économique qui sous-tend les politiques structurelles, en soutenant au maximum la croissance, la demande et l’emploi : les réformes sont impossibles à mener si la demande stagne ou ne connaît qu’une légère croissance. ‘Le cadre macro-économique plus large, englobant à la fois la politique monétaire et fiscale, doit soutenir la croissance au maximum. C’est dans un tel contexte que les objectifs de Lisbonne auront le plus de chances de se réaliser.’ A cet égard, la CES se rallie à la critique formulée par le HLG, à savoir que la réponse fournie par la politique fiscale vis-à-vis du ralentissement de conjoncture actuel est inappropriée. Elle prône une réforme du Pacte de Stabilité afin de permettre aux États-membres de mettre en œuvre l’agenda de Lisbonne en investissant de manière efficace dans des priorités essentielles telle que l’innovation, l’apprentissage tout au long de la vie, les politiques sociales, la qualité du travail et le développement durable.

La CES accueille l’approche du HLG dans des domaines tels que le marché intérieur des services, les systèmes de retraite anticipée et l’apprentissage tout a long de la vie.

· Le HLG met d’une part l’accent sur le marché intérieur des services, mais exhorte également à tenir compte des préoccupations sociales ‘Atteindre la compétitivité au prix d’un dumping social serait contraire au modèle de Lisbonne’. Pour la CES, cet objectif nécessite un profond remaniement de la proposition de la Commission relative à la directive sur les services.

· La stratégie du vieillissement actif du HLG exige une stratégie globale, offrant des alternatives concrètes et réelles aux systèmes de retraite anticipée, à savoir : incitations financières, investissement dans l’apprentissage tout au long de la vie et amélioration des conditions de travail et de la qualité du travail. Il ne s’agit pas simplement d’abolir les régimes de retraite anticipée. Pour la CES, une stratégie globale du vieillissement actif implique une meilleure protection de la santé, une meilleure organisation du travail ainsi qu’un pacte intergénérationnel permettrant aux jeunes travailleurs d’apprendre des travailleurs plus âgés.

La CES note l’accent mis par le HLG sur l’investissement dans l’innovation, l’apprentissage tout au long de la vie, les services d’assistance aux enfants et aux personnes âgées, ainsi que la nécessité d’aborder les problèmes de discrimination, d’écart salarial entre hommes et femmes et de qualité du travail. La CES insiste sur le fait que dans de nombreux Etats-membres, les pratiques et institutions en matière de négociations collectives abordent ces problèmes et garantissent notamment une plus grande égalité d’accès pour tous les travailleurs. Les pratiques de négociations collectives doivent être encouragées et soutenues en tant que telles, et non combattues comme c’est actuellement le cas dans certains Etats-membres, notamment celui de la présidence actuelle.

Enfin, la CES accueille favorablement la recommandation du HLG, visant à ‘mettre en oeuvre le programme de Lisbonne dans le cadre du programme de travail commun des partenaires sociaux européens’. Aussi la CES exhorte-t-elle tous les acteurs à participer à un nouveau programme d’action axé sur les partenaires sociaux européens, conforme à l’agenda de Lisbonne. A une époque où l’incertitude règne, où de nombreux travailleurs se sentent menacés par les restructurations et les ‘délocalisations’ en cours, un moratoire social constituerait une impasse entravant assurément tout progrès. Au contraire, nous avons plus que jamais besoin d’un ambitieux programme d’action axé sur les partenaires sociaux européens, qui procure une sécurité aux travailleurs dans un environnement changeant.

La CES restera mobilisée pour que la stratégie de Lisbonne soit respectée dans sa totalité.



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Dernière modification:février 9 2005.