
Congrès de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC)
Discours de John Monks, Secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES)
Cher Président, chers délégués, chers invités de la CFTC,
Je suis heureux de représenter la CES à ce congrès dans cette très agréable ville de Bordeaux.
Je remercie la CFTC pour son invitation, et je salue au passage le caractère original, à la fois français et européen, de votre confédération. Je vous remercie aussi de me donner la possibilité de parler, à une époque de troubles et de difficultés, en France et en Europe.
J’ai suivi les événements récents en France avec beaucoup d’attention et d’émotion. Je ne crois pas que ce soit un problème typiquement français, ni uniquement une question de fils et de filles d’immigrants en France rejetant la culture française. Je ne crois pas non plus que les problèmes puissent être facilement caractérisés comme une réaction contre le chômage. Il est évident que le désespoir et la pauvreté aient, bien sûr, joué un rôle très important. Ne pas avoir d’emploi est terrible, car en fait c’est ne pas avoir de vie sociale
J’ai une expérience de ces questions dans mon propre pays, qui a davantage une tradition de laisser-aller, et qui a également connu des émeutes et des désordres. Depuis le problème irlandais, jusqu’aux violentes émeutes à Londres, Liverpool et ma ville natale Manchester en dix neuf cent quatre vingt un, depuis aussi les émeutes plus récentes dans les vieilles villes textiles du nord de l’Angleterre et de Birmingham, et les attentats à la bombe à Londres en juillet, toutes ces choses ne sont pas faciles à caractériser clairement. Et ce n’est certainement pas une simple question liée à une France monoculturelle ou à un Royaume Uni multiculturel.
Si les causes ne sont pas simples, les solutions ne le sont pas non plus. Mais une chose que l’on apprend avec l’expérience est que, lorsque les gens ont peur, ils se tournent vers ceux qui leurs offrent la sécurité - et ceci, souvent, veut dire qu’ils se tournent vers la droite - en termes français, vers les positions de Sarkozy et de Le Pen. Comme vous le savez, depuis le début des émeutes, le Front National a enregistré 2000 membres en plus.
Que pouvons nous faire, face à cela ?
Mon expérience personnelle m’a appris que les syndicats doivent toujours consulter les communautés concernées. Nous pouvons aider à améliorer la sécurité, la cohésion, la solidarité, en rencontrant toutes les communautés. Nous pouvons aider à rassurer en rencontrant tous ceux qui ont leur mot a dire - les travailleurs et les syndicalistes en première ligne - les enseignants, les pompiers, la police. Nous devons également écouter ceux qui causent les troubles actuellement pour connaître leurs préoccupations. Nous devons aussi jouer notre rôle vis-à-vis des représentants locaux et nationaux pour envisager un futur meilleur.
Donc, en même temps que nous appelons différents acteurs à agir pour plus de cohésion, plus de solidarité, plus de sécurité, occupons la place que la Droite et l’extrême-Droite sont prêtes à remplir. Nous-mêmes, devons agir pour assurer que le syndicalisme soit au coeur de ce qui se passe dans les banlieues et dans les centres-villes. C’est notre rôle, notre mission que d’assurer respect, dignité, solidarité. Dans cette mission, les organisations syndicales françaises auront l’appui total de la CES - pour lutter contre le racisme, combattre les discriminations et les injustices, et rassurer les communautés qui sont dans la désespérance et qui voient leur avenir bouché.
Chers amis, Durant les quelques minutes qui me sont imparties, je voudrais aussi vous parler d’un autre sujet dont on parle beaucoup en ce moment ; un sujet très important pour le mouvement syndical européen, à savoir : l’Europe sociale.
Plus d’Europe sociale sera positif, plus l’adhésion des citoyens à la construction européenne sera forte. Cependant, de nombreux travailleurs européens ont l’impression que la politique sociale est loin d’être une priorité pour nos décideurs européens. La directive Bolkestein en est la preuve.
Nous, syndicats, devons être le moteur de l’Europe sociale. C’est ce que nous faisons actuellement avec la proposition de directive sur les Services. Et c’est ce que nous ferons avec toute autre tentative de politique néo-libérale.
Lors du Sommet social tripartite du 24 octobre, c’est le message que nous avons fait passer aux chefs de gouvernement du Royaume Uni, d’Autriche et de Finlande, mais aussi au Président de la Commission et au patronat européen. A cette occasion, un consensus s’est dégagé sur la nécessité de justice et de cohésion sociales dans le contexte actuel de la globalisation.
Et puis, il y a eu le Sommet de Hampton Court, trois jours après.
Si, les Chefs de gouvernement ont fait un petit pas en avant en acceptant le principe, encore une fois à la majorité, de créer un « fonds d’ajustement à la globalisation ». Il aurait pour but de permettre aux Etats membres d’ajuster les chocs sociaux en cas de restructurations importantes ; La question maintenant est de savoir : de quoi sera fait « l’après Hampton Court » ? Est-ce que le budget européen, actuellement bloqué, sera à la hauteur des ambitions politiques ?
La CES ne défend pas le statu quo car nous devons avancer. C’est pourquoi, nous appelons à la mise en place d’un programme pour l’Europe sociale. Quel est ce programme ?
Créer un cadre solide pour faire face aux délocalisations et aux restructurations ;
Aborder les défis démographiques avec un regard ouvert sur l’avenir ;
Créer un cadre légal durable pour la migration et la mobilité ;
Assurer l’égalité pour tous ;
Réfléchir et mettre en pratique des politiques actives du marché du travail et un programme de formation tout au long de la vie ;
Renforcer la dimension extérieure du modèle social ;
Maintenir des normes sociales minimums, essentiels pour améliorer la qualité et la protection de tous les travailleurs : que ce soit le temps de travail, le travail intérimaire, les travailleurs économiquement dépendants, les travailleurs domestiques, les comités d’entreprise européens, et j’en passe.
Ce programme, déjà chargé et difficile, ne résoudra pas à lui seul la question de l’emploi. En effet, pour affronter ce problème, nous avons également besoin de politiques économiques volontaristes et coordonnées.
Ce qui nous a fait défaut jusqu’à présent c’est une stratégie concertée pour relancer la demande et la croissance économique. Pour cela aussi, nous avons fait des propositions.
Cet aspect central : à savoir comment créer plus d’emplois et des emplois de meilleure qualité - était largement absent des récentes discussions des chefs d’états, alors que les discussions sur la nécessité d’une plus grande flexibilité concernant l’emploi et la protection sociale étaient abondantes.
Nous n’acceptons pas que pour pouvoir avancer sur le plan économique, il nous faut reculer sur le social. Redynamiser la croissance européenne ne se fera pas sur le dos d’une réduction des droits des travailleurs.
Si l’Europe sociale est attaquée, c’est le concept d’Europe tout entier qui se trouvera en péril.
Je sais que vous, ici, n’êtes pas parmi ceux qui sont tombés dans la hantise du ‘plombier polonais’.
Vous êtes parmi ceux qui recherchent des solutions qui ne vont pas dans le sens d’un repli national, mais plutôt vers une construction européenne solide et une Europe d’inclusion sociale.
Vous vous alliés contre ceux qui prétendent que l’Europe sociale serait obsolète ou n’existerait pas. Vous êtes en désaccord avec ceux qui disent que la politique sociale devrait cesser d’être prise en compte au niveau européen.
Ces critiques oublient un facteur primordial : il existe à présent un seul grand marché du travail unique, qui couvre nos vingt-cinq pays.
Les secteurs phares de ce grand marché unique sont : la construction, l’hôtellerie, la restauration et les transports routier Et un nombre croissant d’autres secteurs les rejoignent.
Or, comment peut-il y avoir un marché unique sans normes communes ?
Par exemple, à quelles conditions les travailleurs migrants doivent-ils être soumis, et de quelle juridiction dépendent-ils ?
Quel est le statut des conventions collectives au sein du marché unique ?
La législation européenne qui régit le marché unique prime-t-elle sur l’importance du droit de grève - qui relève de la législation nationale ?
Toutes ces questions doivent recevoir rapidement une réponse au niveau européen, à travers une action concertée de la part du Conseil des ministres, de la Commission européenne et des partenaires sociaux.
Nous, à la CES, voulons engager ce débat.
Nous voulons un programme de travail actif avec les employeurs. Nous devons traiter des points de controverse, comme les directives temps de travail, services, agents temporaires.
Notre point de départ est le besoin de forger une Europe forte et sociale.
Une Europe qui se définit par :
1 la prospérité - avec plus d’emplois et de meilleurs emplois, visant au plein emploi, des Etats-providence durables et une meilleure qualité de vie pour tous ;
2 l’égalité - l’élimination de toutes formes de discriminations, qu’elles soient basées sur le sexe, la race et l’origine ethnique, la croyance et la conviction, l’orientation sexuelle, l’âge ou le handicap ;
3 la solidarité - la construction de sociétés socialement inclusives et cohésives qui protègent les personnes dans le besoin et garantissent les services d’intérêt général.
Voila la base de notre programme.
Et je suis sûr que vous, à la CFTC, vous êtes preneurs.
Je vous remercie de votre solidarité, et de votre attention.
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