ETUC
Introduction par :Maria Helena André Secrétaire Général Adjointe de la Confédération Européenne des Syndicats

Discours Maria Helena André. 3ème Forum syndical Euromed

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M. le Ministre, Mme. la Secrétaire d’Etat, Cher(e)s Collègues,

Quand en 1999 à Stuttgart, sur l’initiative de la Confédération Européenne des Syndicats, le Forum Syndical Euro-Med a tenu sa première assemblée générale, nous étions au grand complet.

Ce fait se reproduit pour la première fois aujourd’hui, ici à Barcelone. Ceci est un signal fort de la dimension syndicale que nous avons toujours voulu associer au partenariat entre l’Union européenne, ses états membres et les pays partenaires de la rive sud de la Méditerranée.

Cette troisième assemblée plénière du Forum se trouve confrontée au besoin d’associer quatre principaux objectifs et dont la discussion se développera pendant les deux prochains jours :

1. Faire une évaluation critique des dix ans de partenariat après le lancement du processus de Barcelone ; 2. Faire le bilan des nos propres activités dans le cadre de la coopération syndicale ; 3. Nous pencher sur l’avenir tenant en considération le nouveau contexte, suite aux changements au niveau de l’environnement politique, économique et social, ainsi que de la nouvelle donne de la politique européenne de voisinage ; 4. Et enfin, définir le cadre de notre coopération pour les années à venir, à travers une évaluation réaliste nos propres potentialités et capacités.

Je ne veux pas anticiper sur les travaux de cette assemblée, les débats que je sais d’hors et déjà qui seront riches ou sur les conclusions. Ainsi, à ce stade que je vais me limiter à quelques remarques de nature plus générale.

Une première leçon à tirer de l’expérience de notre coopération est plutôt encourageante.

Ensemble, nous avons su placer notre action sur le terrain de l’agenda syndicale et, par delà, construire un climat de confiance mutuelle. Cela nous a permis d’avancer - peut-être pas aussi vite qu’on l’aurait souhaité - et de maintenir le cap malgré un cadre géopolitique qui n’était pas du tout favorable.

C’est encourageant pour l’avenir et j’espère que cette assemblée consolidera et renforcera cet esprit syndical qui est la base de notre coopération.

Malheureusement, le bilan politique du partenariat est plutôt négatif. Je le constate sans détour diplomatique, même si souvent la langue de bois de certains politiciens pouvait nous faire croire le contraire.

Et c’est ainsi pourquoi ?

Premièrement : parce que la Méditerranée n’est pas devenue une zone de paix. L’Europe a largement rate ses ambitions, surtout en matière de politique étrangère commune. Le blocage existant par rapport au Traité Constitutionnel, suite aux votes négatifs en France et en Hollande n’arrange pas les affaires. Le bilatéral risque de prendre le devant par rapport au régional ou au multilatéral. Et cela dans un décor international largement négatif : le 11 septembre et ses conséquences, la guerre en Irak, le conflit non résolu au Proche-Orient, la question du Sahara occidental. Et cette énumération est loin d’être complète. Il est à craindre que d’autres crises s’ajoutent - celle de l’Iran pour commencer. A propos de cela il faut affirmer clairement qu’il ne s’agit pas de rayer un pays de la carte du Moyen Orient ; au contraire, il faut y ajouter un autre qui fait toujours cruellement défaut. Tout cela sur l’arrière-fonds d’une Union européenne qui cherche toujours sa voie, sa façon da faire, d’agir et de réagir, dans un contexte nouveau, tant au niveau interne qu’externe.

Deuxièmement : parce que le déficit en matière de défense et respect des droits de l’homme, des droits sociaux et syndicaux, de la démocratie, de la justice et de la cohésion, reste très préoccupant, même si dans certains cas des progrès sont a constater. Dans ce contexte, je me félicite du fait que depuis 1999 la coopération entre notre Forum et les structures de coopération des ONG s’est consolidée et renforcée, tout en gardant et respectant réciproquement nos identités et nos autonomies.

Troisièmement : En ce qui concerne les atteintes d’une amélioration des situations économiques et sociales, nous sommes loin du compte. Les écarts entre le nord et le sud ne se sont pas réduits - au contraire, nous sommes loin de l’équilibre au niveau des échanges, et celui-ci était un objectif majeur. Il est clair que la concentration unilatérale sur la libéralisation et la restructuration n’a pas généré la croissance attendue. Aujourd’hui, l’excèdent commercial entre l’Union Européenne et le Sud est de 32 Milliards Euros. La contrepartie en aide est de 3 Milliards. De l’autre côté, les politiques d’intégration régionale des pays du sud - une façon de contrer des effets négatifs de la mondialisation - sont restées lettre morte. La panne permanente du projet de l’Union du Maghreb Arabe est un exemple parlant.

Quatrièmement : Le dialogue social traîne les pieds même si, là encore, des progrès ponctuels sont enregistres. Le Forum a d’ailleurs pris l’initiative de proposer au patronat du Sud une coopération autour d’un projet sur la position des femmes dans la vie économique et sociale. Malheureusement et à la dernière minute, le patronat a refusé sa participation à ce projet majeur. La promotion du dialogue social restera sur l’agenda du Forum comme une priorité absolue. Et cela vaut aussi pour l’inclusion du Forum Syndical qui se doit de revendiquer un statut consultatif et d’un soutien plus conséquent de la part de la Commission européenne.

La lecture des documents sur la politique de voisinage de l’Union européenne nous fait croire que l’Union reconnaît la nécessite de revoir le cadre du partenariat d’une façon auto critique. Il y a dans les textes des éléments positifs à exploiter, surtout au niveau des droits, de l’économique et du social. L’encadrement financier de la politique de voisinage de l’autre côté est très peu satisfaisant. Dans nos débats, nous devons nous pencher sur certains détails et élaborer des propositions et revendications concrètes.

Un dernier mot sur les questions de la migration, un des éléments majeurs de notre coopération dès le début. Certainement, cette question sera aussi présente lors de nos discussions, d’autant plus par rapport aux derniers incidents survenus à la frontière entre l’Espagne et le Maroc.

Trois remarques à ce propos :

La première pour constater qu’il n’y a pas de solutions miracles. Les grandes déclarations sans aucun suivi effectif ne rendent service à personne. Du côté européen, nous attendons toujours une politique européenne cohérente sur cette matière - ceci vient d’être reconnu au Sommet Européen Informel d’Hampton Court. Mais cette affirmation est aussi vraie par rapport au Maghreb et à la rive Sud de la Méditerranée en général.

La deuxième pour affirmer que le problème concerne le Nord et le Sud. Les pays du Maghreb deviennent de plus en plus des pays d’immigration africaine. Et ceci depuis longtemps. En même temps, nous ne pouvons pas oublier le Proche et le Moyen Orient dans ce contexte.

La troisième pour rappeler qu’il serait fatal et une erreur colossale de traiter les questions de la migration à travers des actions policières ou sécuritaires. Certains essaient même de vendre l’idée que le Maghreb devient une zone tampon pour protéger l’Europe de la migration de Afrique noire.

Et si les gouvernements de l’UE, dans la résolution du conseil des ministres de l’intérieur de novembre 2004, promettent une aide « aux pays qui font preuve d’une réelle volonté de s’acquitter des obligations qui leur incombent », l’Europe risque de remplacer la conditionnalité démocratique par une conditionnalité policière. Le mouvement syndical s’oppose fermement à une telle orientation.

Ainsi, chers et chères camarades, j’espère que nous serons ces jours-ci à la hauteur de nos responsabilités et que nous serons capables de réunir les conditions nécessaires pour un renforcement de notre coopération afin de pouvoir mieux articuler et représenter le monde du travail dans le cadre de la coopération entre les deux rives de la Méditerranée. Le rôle et la place des organisations syndicales dans un monde qui change à un rythme hallucinant sont plus que jamais essentiels. La garantie des droits individuels à travers l’action collective des organisations syndicales est la meilleure façon de défendre nos membres et les citoyens en général.

Finalement, au nom de la CES un mot de remerciement à nos camarades espagnols, notamment les représentants de Commissiones Obreras et de l’UGT, tant au niveau national que catalan, qui n’ont pas seulement obtenu le soutien financier du gouvernement espagnol pour l’organisation de cette assemblée mais qui ont aussi largement participé à la préparation pratique de cet événement.

Aussi un mot personnel de remerciement à notre camarade Peter Seideneck, sans qui l’effort dans le cadre de la relance de nos activités EURO-MED n’aurait pas été possible.



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Dernière modification:juillet 4 2006.