
L’enseignement supérieur dans la perspective d’un apprentissage tout au long de la vie
L’enseignement supérieur dans la perspective d’un apprentissage tout au long de la vie
En avril 2005, la Commission européenne a publié la communication « Mobiliser les cerveaux européens : permettre aux universités de contribuer pleinement à la stratégie de Lisbonne » (COM (2005) 152 Final). Cette communication explore comment les universités peuvent contribuer à la réalisation des objectifs de Lisbonne.
La CES soutient l’idée que les universités et autres établissements d’enseignement supérieur devraient jouer un rôle plus important dans la stratégie de Lisbonne. L’enseignement supérieur est et restera une source essentielle de savoir-faire et de compétences, nécessaires pour accroître la compétitivité économique et le bien-être des citoyens européens. Dès aujourd’hui et encore plus demain, l’économie et l’emploi en Europe dépendront de plus en plus des innovations, d’un savoir-faire de haut niveau et des compétences.
La société basée sur la connaissance représente de nouvelles opportunités pour tous, mais il est important de veiller à ce qu’elle ne crée pas de nouvelles formes d’exclusion sociale. L’Europe doit construire une nouvelle culture d’apprentissage tout au long de la vie, en permettant à tous les citoyens d’acquérir les connaissances, le savoir-faire et les qualifications nécessaires pour gérer l’évolution rapide de la société et de l’économie. Les universités et autres établissements d’enseignement supérieur seront des acteurs majeurs dans la nouvelle culture d’apprentissage tout au long de la vie.
La CES approuve les idées de base de la communication de la Commission, mais nous voulons approfondir certaines questions davantage que cela n’a été fait dans le document.
1. Un enseignement supérieur diversifié
La communication de la Commission utilise systématiquement le terme « universités », en expliquant dans une note en bas de page qu’il couvre également les instituts polytechniques (les grandes écoles, Fachhochschule, yrkeshögskola). Cependant, l’esprit de tout le document concerne les universités, alors que l’autre volet de l’enseignement supérieur - les instituts polytechniques pour les sciences appliquées et autres établissements d’enseignement supérieur - est ignoré.
La CES reconnaît la nécessité de développer l’excellence dans l’enseignement supérieur européen, mais nous rappelons qu’il est inutile de s’attendre à ce qu’une grande partie de la population étudiante devienne des chercheurs de haut niveau. Ni que tous les établissements d’enseignement supérieur puissent offrir une recherche de pointe. Les différentes institutions remplissent différentes tâches dans la société. On ne peut pas et on ne doit pas attendre des établissements plus axés sur les sciences appliquées, comme les instituts polytechniques, qu’ils effectuent de la recherche de pointe. Des attentes trop élevées mettraient en péril l’application des sciences dans ces institutions.
La CES souligne que les instituts polytechniques devraient également jouer un rôle dans le développement de la politique européenne d’enseignement supérieur. Éducation et recherche de niveau mondial sont inévitablement des éléments essentiels de l’enseignement supérieur. Mais en même temps, le fruit le plus important peut-être de l’enseignement supérieur est la mise à disposition d’étudiants bien formés sur le marché du travail. L’union européenne a besoin également de qualifications et de compétences techniques relevant de l’enseignement technique supérieur.
Si on considère l’évolution de la carrière des employés dans les établissements d’enseignement supérieur, des formes plus sophistiquées de collaboration entre les instituts de recherche de pointe, les instituts de sciences appliquées et l’industrie pourraient être très importantes.
2. Ouvrir l’enseignement supérieur à l’industrie et à l’ensemble de la société
La CES estime qu’une nouvelle approche est nécessaire, avec des réformes radicales des systèmes d’enseignement et de formation professionnelle, afin de répondre aux besoins des individus, de la société et de l’économie. Pour l’enseignement supérieur, il s’agit d’ouvrir les universités à la société élargie. Ceci pourrait être un nouvel arrangement ou « contrat » entre les universités et la société dans son ensemble.
Étant donné que l’enseignement supérieur joue un rôle fondamental dans la transformation de la société, qui était basée sur l’industrie et est basée aujourd’hui sur la connaissance, de nombreux acteurs entrent en scène : non seulement des professeurs et des étudiants, mais aussi les pouvoirs publics et les partenaires sociaux. Tous les acteurs doivent s’adapter à cette nouvelle réalité : une réalité comptant un plus grand nombre d’acteurs légitimes qui représentent les intérêts de la société, désirent communiquer leurs vues et donner des indications quant à la direction du développement de l’enseignement supérieur dans le futur.
La recherche et le développement doivent être développés dans leur ensemble et englober les universités, les instituts polytechniques, les instituts de recherche et l’industrie. La CES soutient la demande concernant l’engagement des gouvernements de consacrer 3 % du PIB à la recherche et au développement. Les investissements publics sont essentiels lorsqu’il s’agit d’améliorer le rôle et la qualité des établissements d’enseignement supérieur en matière d’innovation. Le rôle des financements publics restera déterminant et significatif de la volonté des pouvoirs publics. En outre, une manière de développer les ressources des universités en matière de recherche consiste à promouvoir l’utilisation d’investissements privés émanant de l’industrie en plus du financement public. Cependant, attirer les investissements privés dans la recherche doit être rigoureusement contrebalancé par des mécanismes appropriés, visant à garantir la liberté académique des chercheurs et des institutions.
La CES souligne l’importance de la formation post-universitaire pour l’innovation et la compétitivité. Les universités ont également besoin de possibilités d’employer des chercheurs après qu’ils aient obtenu leur diplôme de doctorat. Il y a aussi un besoin criant d’améliorer la capacité d’utiliser les résultats de la recherche et du développement. Les universités ont besoin de meilleures possibilités de protéger les droits intellectuels des résultats de la recherche et d’en tirer profit. Le principal défi en la matière réside dans le transfert des innovations vers de nouvelles activités.
3. Ouvrir l’enseignement supérieur dans une perspective de formation tout au long de la vie
La CES rappelle que des compétences et un savoir-faire supérieurs ne sont pas seulement l’affaire de l’enseignement supérieur mais aussi de la formation professionnelle. Les différents niveaux d’enseignement formel ne doivent pas être considérés comme des éléments opposés, mais plutôt comme des éléments complémentaires dans l’apprentissage tout au long de la vie. L’Europe a besoin de progresser simultanément sur deux plans, afin d’accroître la qualification et les compétences de sa population active. En moyenne, le nombre de diplômés de l’enseignement supérieur est moins important que dans les économies concurrentes, mais ce n’est pas le cas dans tous les États membres. Par ailleurs, le nombre de travailleurs non qualifiés ou peu qualifiés est trop élevé en Europe. Les statistiques présentées dans la communication de la Commission indiquent un rapport évident entre le niveau d’éducation de la population et l’emploi. Il existe aussi une corrélation entre le niveau d’éducation de la population et le PIB dans les pays occidentaux.
L’apprentissage tout au long de la vie est un élément essentiel pour atteindre les objectifs européens du plein-emploi, de l’amélioration des compétences, des hautes qualifications et de la mobilité des travailleurs, ainsi que pour arriver à une distribution plus équitable des revenus et à un équilibre entre la vie professionnelle et la vie familiale. La CES estime que ceci nécessite une nouvelle approche, avec des réformes radicales des systèmes d’enseignement et de formation professionnelle, afin de répondre aux besoins des individus, de la société et de l’économie. Pour l’enseignement supérieur, il s’agit d’ouvrir les universités à la société élargie. Il pourrait s’agir de nouveaux arrangements ou « contrats » entre les institutions et la société dans son ensemble.
Le rôle de l’apprentissage tout au long de la vie dans l’enseignement supérieur est un élément largement absent de la communication de la Commission, alors qu’il faudrait le traiter plus sérieusement qu’auparavant. Primo, les possibilités d’apprentissage dans les universités devraient être améliorées pour les adultes non universitaires. L’accès à la formation doit être ouvert aux adultes de talent et motivés, qui n’ont pas eu la chance d’étudier quand ils étaient jeunes, et à ceux qui viennent d’un milieu socialement et financièrement défavorisé. L’ouverture des établissements d’enseignement supérieur aux adultes est un moyen nécessaire et fondamental pour améliorer les compétences de la population active.
Secundo, les établissements d’enseignement supérieur doivent renforcer leur rôle dans la formation permanente de leurs diplômés, ce qui augmentera leur attrait pour l’industrie et la vie active. La tâche de l’enseignement supérieur pourrait se scinder en une formation initiale et une formation permanente, la formation permanente ou enseignement aux adultes ne signifiant pas seulement l’enseignement postuniversitaire.
L’UE s’est fixé comme objectif d’ouvrir le système d’enseignement à un monde plus large, mais la CES estime que le rôle de l’enseignement supérieur, ouvert et à distance, est absent de la communication de la Commission. La communication ne mentionne pas l’apprentissage en ligne, alors que l’utilisation des nouvelles technologies pour soutenir l’enseignement traditionnel, ouvert et à distance, est une question hautement pertinente.
Un des principaux moyens pour les établissements d’enseignement supérieur de contribuer au développement d’une société basée sur la connaissance est la formation initiale et permanente des enseignants. Il devient également nécessaire d’examiner rapidement leurs conditions de vie et de travail qui n’ont cessé de se détériorer depuis plusieurs années. Les établissements d’enseignement supérieur doivent avoir plus de responsabilités dans le développement permanent des compétences et du savoir-faire des enseignants. Il faut prêter une attention particulière à leurs compétences en matière de TIC. Le niveau et la qualité de la formation des enseignants sont à la base des performances de tout le système éducatif et de formation en Europe.
La communication de la Commission présente les différences de participation à l’enseignement supérieur en Amérique du Nord et en Europe. Un bon nombre d’entre elles sont des différences dans les systèmes d’enseignement supérieur. En Europe, les étudiants visent une maîtrise, mais en Amérique du Nord, des programmes plus courts, par exemple les baccalauréats, sont plus populaires. Ceci explique les différences de participation et de durée des études.
Lorsque l’on porte un jugement sur la durée des études, il faut différencier les universités des autres établissements. Il est impossible de conclure en général que la durée des études est trop longue en Europe. Pour de futurs chercheurs de haut niveau surtout, la durée plus longue des études est un investissement intensif, qui élargit la base de leur savoir-faire, de leurs connaissances et de leurs compétences.
4. Investir dans l’enseignement supérieur
La CES partage la préoccupation qui ressort de la communication de la Commission, à savoir que l’enseignement supérieur européen est à la traîne par rapport à ses concurrents sur le plan des investissements et de l’accès à la formation.
Si la stratégie de Lisbonne consiste à créer une économie de la connaissance et à relever le niveau d’éducation de la société, l’Europe doit investir davantage dans ce domaine. Si l’enseignement supérieur et la recherche de pointe sont au cœur de la compétitivité de l’Europe, les gouvernements doivent investir davantage dans l’éducation, la formation et la recherche. Cette augmentation des investissements pourrait intervenir grâce à des formes de financement à la fois nationales et européennes.
Il est évident qu’une coopération plus étroite entre l’industrie et les établissements d’enseignement supérieur serait bénéfique pour les deux parties, mais il ne faut pas déplacer la responsabilité du financement vers le secteur privé. La CES estime que les gouvernements ont la responsabilité publique de garantir un enseignement supérieur d’excellente qualité et le même accès pour tous à ce type d’enseignement. Le financement privé ne peut que compléter le financement public.
La CES rappelle que divers types d’études ne semblent pas présenter d’intérêt majeur pour l’industrie, alors qu’ils sont essentiels à une société européenne démocratique et pluraliste. Les valeurs culturelles de l’enseignement supérieur doivent également être prises en considération.
Le taux de participation à l’enseignement supérieur des jeunes talents issus de groupes socialement défavorisés, constitue un défi. Avec des droits d’inscription, les États membres créeraient des obstacles pour les jeunes talents, encore plus importants qu’aujourd’hui. En Europe, rien ne prouve que les droits d’inscription favoriseraient de meilleures performances des établissements ou des étudiants. Rien ne prouve non plus que ces droits d’inscription favoriseraient la qualité de l’offre. Au contraire, le secteur de l’enseignement supérieur, basé sur le marché et la concurrence, pourrait en fait entraver le partage ouvert des connaissances entre les établissements. Or, il s’agit d’un élément crucial pour améliorer la qualité de l’enseignement et de la recherche.
La CES doute qu’il soit possible de trouver un modèle européen commun pour garantir les ressources financières de l’enseignement supérieur. La nécessité d’augmenter les investissements privés dans l’enseignement supérieur semble évidente, mais la question des droits d’inscription et autres modes d’investissement privé doit certainement demeurer au niveau national.
La CES est très favorable à la proposition selon laquelle des fonds communautaires pourraient être utilisés pour développer les performances de l’enseignement supérieur en Europe. La CES identifie au moins deux besoins parallèles pour le financement européen. Le premier est le développement de la qualité et de l’excellence dans l’éducation et la recherche. Ceci peut englober également le développement de nouveaux produits de formation, afin de répondre aux besoins des entreprises et de la vie professionnelle. Le second est un financement destiné à renforcer la cohésion et à reconstruire ou à faire respecter les structures et institutions afin qu’elles répondent aux demandes d’une économie basée sur les connaissances. D’après la CES, un financement européen devrait être utilisé aussi bien pour l’excellence que pour la cohésion.
5. Un enseignement supérieur de haute qualité
Une excellence de niveau mondial est nécessaire dans l’enseignement supérieur européen, mais la CES insiste sur l’importance de la régularité de la qualité. La force de l’enseignement supérieur européen réside non seulement dans l’excellence de quelques établissements mais aussi dans l’excellente qualité de la majorité des établissements. La CES souligne que la formulation des politiques ne doit pas accroître les différences entre les universités sur le plan de leur situation financière. L’enseignement supérieur européen, en tant qu’entité, restera aussi faible que ses maillons les plus faibles.
Le contrôle de la qualité sera plus important que jamais. Il est nécessaire pour améliorer l’offre d’enseignement et de formation. Il est nécessaire pour accroître les connaissances, le savoir-faire et les compétences des diplômés. Il est nécessaire pour créer une confiance mutuelle entre les différentes institutions et entre l’enseignement supérieur et la vie professionnelle.
6. Vers un espace européen de l’enseignement supérieur
Le « processus de Bologne » qui visait à établir un espace européen d’enseignement supérieur est un processus positif et important. Il comprend, en particulier, l’adoption d’un système de diplômes aisément lisibles et comparables, d’un système comportant deux cycles principaux (baccalauréat / maîtrise) et d’un système de crédits (ECTS), la promotion de la coopération européenne dans le contrôle de la qualité et une dimension européenne dans l’enseignement supérieur. Les partenaires sociaux, qui ont été longtemps exclus, sont aujourd’hui impliqués de plus en plus dans ce processus.
Bien qu’une évaluation interne soit la pierre angulaire du contrôle de la qualité et de sa mise en œuvre au niveau des établissements, il ne suffit pas de mettre en place des processus de contrôle de la qualité dans l’unique objectif d’améliorer la qualité de l’enseignement au plan interne. Si indispensables que soient les processus de contrôle de la qualité, ils ne se suffisent pas à eux-mêmes. Ces processus qualitatifs doivent être conclus par une décision responsable concernant leurs résultats, ce qui est le rôle des procédures d’accréditation. Ces procédures d’accréditation sont des instruments nécessaires pour garantir une véritable transparence et une reconnaissance mutuelle des qualifications et des diplômes dans toute l’Europe.
Le processus de Bologne doit être cohérent et conforme à la déclaration de Maastricht sur la mise en place d’un cadre européen des qualifications.
L’enseignement supérieur doit prendre part au processus global de reconnaissance mutuelle des qualifications et des diplômes. Car il est important d’avoir un marché européen du travail qui garantit la reconnaissance et la qualification dans l’emploi afin d’éviter les départs massifs des diplômés de l’enseignement supérieur vers d’autres continents. Le futur « cadre européen de qualifications » permettra d’offrir cette possibilité. C’est un élément essentiel à la mise en place du droit à la libre circulation des personnes, et c’est aussi un aspect important de la citoyenneté européenne.
Conclusion
Les universités européennes ont besoin de plus de coopération entre les différents acteurs et de nouvelles formes de gestion, d’information, de consultation et de participation. La question des acteurs n’est pas seulement une question d’universités, de gouvernements et de grandes entreprises. Une coopération plus étroite avec la société et le marché du travail est aussi nécessaire. Les parties prenantes, y compris les partenaires sociaux ainsi que les étudiants, devraient être intégrées dans la gouvernance des établissements d’enseignement supérieur.
La CES souligne que les établissements d’enseignement supérieur devraient être des acteurs majeurs dans la compétitivité, ainsi que des promoteurs de l’équité et de la cohésion sociale parmi les citoyens européens. Le défi européen consiste à faire en sorte que les universités servent les citoyens et l’ensemble de la société plus qu’elles ne le font actuellement.
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