
144ème Congrès du TUC
Intervention de Bernadette Ségol Secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats à Congrès du TUC.
Seul le texte prononcé fait foi
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Délégués,
Je suis très honorée et ravie de prendre la parole à votre Congrès au nom de la Confédération européenne des syndicats. C’est une première pour moi.
Lors des congrès précédents, le Secrétaire général de la CES prononçait son discours avec l’accent de Manchester.
Il faudra qu’aujourd’hui vous vous accommodiez de ma façon de parler votre langue, avec un accent du Sud de la France.
Mais peu importe l’accent. Le thème de votre campagne, « Un avenir gagnant » (A Future That Works), reflète assurément les aspirations des travailleurs que je rencontre.
Il se passe rarement un jour sans que notre soutien soit sollicité par nos affiliés, des Pays baltes à l’Espagne et au Portugal, de l’Irlande à la Grèce et partout en Europe orientale.
Le résultat des politiques d’austérité, de la déréglementation et des privatisations n’est que trop évident : le chômage qui explose, la stagnation économique, les inégalités croissantes, l’émergence d’une nouvelle classe de travailleurs précaires et, en fin de compte, la désespérance sociale.
Il s’agit là d’un cocktail explosif. Au-delà de la question sociale, la démocratie elle-même est mise en péril alors que les nationalistes d’extrême droite gagnent du terrain partout en Europe.
Mais n’oublions pas, Mesdames et Messieurs, le modèle social européen, qu’il s’agisse de l’état-providence, de services publics décents ou du dialogue social, est le résultat d’un accord social conclu en Europe occidentale après la dernière guerre. En Grande-Bretagne, il découle du Rapport Beveridge et du travail de votre premier gouvernement travailliste d’après-guerre. Dans tous les pays, le but du modèle social européen était de prévenir la répétition des désastres vécus dans les années 1930 et de soutenir nos démocraties sociales sous leurs différentes formes.
Cet accord historique est remis en question partout en Europe.
Nous devons relever ce défi.
En juin dernier, les dirigeants de la CES ont, à l’unanimité, approuvé un nouveau Contrat social pour l’Europe. Il est aujourd’hui sur la table, pour discussion. Il est également destiné à mobiliser nos propres membres et la société en général sur des bases claires.
En juin dernier, les dirigeants de la CES ont, à l’unanimité, approuvé un nouveau Contrat social pour l’Europe. Il est aujourd’hui sur la table, pour discussion. Il est également destiné à mobiliser nos propres membres et la société en général sur des bases claires.
Le « new deal » que nous proposons repose sur trois piliers : démocratie sociale, gouvernance économique durable et justice sociale.
Dans le premier pilier – la démocratie sociale – nous incluons en particulier le respect des négociations collectives et des droits au travail.
Ils sont au cœur du contrat social, et sa condition sine qua non. Il est tout à fait inacceptable que la Troïka, ainsi qu’on l’appelle, puisse contraindre des pays soumis à ses programmes de dénoncer les conventions collectives, violant ainsi la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et les conventions de l’OIT.
En Europe, nous avons posé les bases des droits au travail au travers du dialogue et de la législation qu’il nous faut résolument défendre et améliorer davantage.
Je retrouve ces bases dans vos propositions : qu’il s’agisse des règles TUPE (en matière de transfert d’entreprises et de protection de l’emploi) et des licenciements collectifs, du temps de travail et des congés payés, de la santé et de la sécurité, de l’égalité, du congé parental, du travail à temps partiel, ou encore des contrats à durée déterminée, du travail intérimaire, de l’information et de la consultation. Vos Jeunes les qualifient de réalisations majeures. Elles sont ancrées dans la législation européenne.
Je parie que ces bases seront les premières visées dans l’examen des compétences européennes annoncées par le Ministre britannique des affaires étrangères.
Leur perte n’affecterait pas seulement les travailleurs britanniques car les gouvernements de droite et les employeurs partout en Europe chercheraient à suivre l’exemple de la Grande-Bretagne.
Mesdames et Messieurs les Délégués,
Nous avons connu des revers. Les décisions de la Cour de justice européenne dans les affaires Viking, Laval et autres ont été un sérieux choc. La proposition Monti II aurait encore aggravé ces décisions. Mais nous avons réussi à la faire mettre en attente par la procédure dite du « carton jaune ».
Nous avons connu des revers. Les décisions de la Cour de justice européenne dans les affaires Viking, Laval et autres ont été un sérieux choc. La proposition Monti II aurait encore aggravé ces décisions. Mais nous avons réussi à la faire mettre en attente par la procédure dite du « carton jaune ».
Je ne suis pas une fana de football. Ça pourrait arriver la prochaine fois que l’équipe de France gagne le championnat du monde. Cela pourrait donc bien prendre du temps.
Je sais par contre ce qu’est un carton rouge. Monti II ne vaut pas un carton jaune. Il mérite un carton rouge et, grâce à nos efforts, il pourrait bien le recevoir bientôt.
La CES continuera en même temps à insister pour un Protocole de progrès social afin d’assurer que nos droits collectifs ne soient pas surpassés par les libertés du marché.
Le deuxième pilier de notre Contrat fait appel à une gouvernance économique qui favorise une croissance durable et des emplois de qualité.
Nous sommes pris au piège de l’austérité. Les coupes budgétaires aggravent la récession, la récession creuse les déficits, ce qui incite les gouvernements à intensifier les mesures d’austérité en attaquant les systèmes de protection sociale, les salaires, le droit du travail et les droits fondamentaux.
Il faut rompre ce cercle vicieux.
Notre contrat social est sensible aux attentes des gens qui veulent une prospérité durable avec des emplois décents et correctement payés. Il est favorable à une coordination des politiques économiques et des investissements qui soutiennent une économie bas carbone. Notre contrat social doit être une pièce maîtresse d’un nouveau cadre politique et institutionnel européen.
Notre contrat social est sensible aux attentes des gens qui veulent une prospérité durable avec des emplois décents et correctement payés. Il est favorable à une coordination des politiques économiques et des investissements qui soutiennent une économie bas carbone. Notre contrat social doit être une pièce maîtresse d’un nouveau cadre politique et institutionnel européen.
Nous sommes heureux de constater que la croissance est à nouveau à l’ordre du jour. M. Draghi semble être à l’écoute. Ce dont nous avons besoin maintenant, ce sont des actions pour la croissance.
Ce qui m’amène au troisième pilier de notre Contrat : une justice économique et sociale au travers de politiques fiscales redistributives et de la protection sociale.
Ronald Reagan et Margaret Thatcher ont vraiment abandonné tout contrôle de la finance mondiale. Depuis lors, la part des revenus du travail dans la richesse globale a inexorablement diminué en faveur de celle du capital. La population active confrontée à une extrême pauvreté atteint aujourd’hui les 8% en Europe. C’est une véritable honte.
L’élite mondiale la plus fortunée a profité des failles dans les règles fiscales transfrontalières pour « mettre à l’abri » l’équivalent des PIB américain et japonais réunis. Depuis la crise financière de 2008, la dépravation du capitalisme casino et la corruption qui sont au cœur de conglomérats financiers ont été peu à peu mises à jour.
Nous demandons qu’une lutte nettement plus déterminée soit menée contre les paradis fiscaux.
La taxe sur les transactions financières doit être rapidement mise en œuvre. Il n’y a pas de solutions nationales à ce sujet. L’Europe doit en prendre l’initiative.
Des propositions sont sur la table avec pour objectif d’introduire une TTF avant la fin de l’année. Malheureusement, certains gouvernements, et le gouvernement britannique en tête, refusent de s’engager dans cette voie. En décembre, nous assisterons, vous et moi, au triste spectacle de David Cameron insistant une nouvelle fois sur le maintien de la ligne rouge autour de la City tout en répétant que l’intégrité du marché financier unique doit être respectée.
Mesdames et Messieurs les Délégués, lorsqu’on parle du monde de la haute finance, le mot « intégrité » est une mauvaise plaisanterie.
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Délégués,
L’année prochaine, la CES célèbrera son 40ème anniversaire. J’aimerais profiter de l’occasion pour remercier le TUC pour tout le soutien dont il a fait preuve pendant tout ce temps.
Notre premier Président, Vic Feather, venait du TUC. Avec Jack Jones, le Président de votre Comité international de l’époque, il a joué un rôle majeur dans la construction de la CES. Nous serions une organisation bien différente s’ils n’y avaient pas travaillé avec toute la pugnacité que vous pouvez imaginer.
Norman Willis fut notre Président durant la majeure partie de l’ère Thatcher. La chute de cette dernière fut provoquée par la question européenne mise en avant au TUC par Jacques Delors. Norman a, avec Ron Todd, donné au TUC une orientation résolument européenne.
Mon prédécesseur au poste de Secrétaire général était bien sûr John Monks. Durant ses 8 années à la tête de l’organisation, il a piloté la CES en sachant exactement la direction à prendre, avec détermination, diplomatie et un sens de l’humour unique. Je dois quand même mentionner un léger point faible : il faut qu’il travaille encore un peu son français. Il n’est toutefois pas sûr qu’il prenne des leçons à la Chambre des Lords.
Chers participants, je voudrais remercier Brendan pour le soutien qu’il a apporté au mouvement syndical européen et à moi personnellement depuis que j’ai le privilège de diriger la CES. Outre le fait qu’il est un de nos Vice-présidents, il a présidé notre groupe de campagne et nous a fait partager son inestimable expérience en vue des rudes batailles qui nous attendent.
Brendan, je voudrais également profiter de cette occasion pour féliciter l’ensemble du mouvement syndical britannique pour ce que vous avez accompli dans le cadre des Jeux olympiques de Londres. Je suis française. Vous pouvez le prendre comme un compliment qui vient du fond du cœur.
Et, bien sûr, je me réjouis maintenant à l’idée de travailler avec Frances. Tom Jenkins m’a expliqué qu’à Londres, les bus sont en retard mais qu’ensuite ils sont trois à arriver en même temps. Comme les bus de Londres, les femmes ont mis du temps pour arriver au poste de Secrétaire générale mais elles y sont aujourd’hui.
Les temps que nous traversons ne sont pas des plus faciles mais, Frances, je suis certaine que le TUC est entre de bonnes mains pour « Un avenir gagnant ». Vous pouvez bien entendu compter sur la CES.
Tous nos vœux pour le 20 octobre et bien au-delà.
Discours de la CES pour téléchargement
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