
Congrès de l’UNSA (Union Nationale des Syndicats Autonomes - France)
Monsieur le Secrétaire général, chers délégués, chers invités de l’UNSA, je suis heureux, avec mon collègue et camarade Joël Decaillon, de représenter la CES à ce congrès dans la très agréable ville de Nantes.
Nous nous retrouvons à un moment de grands défis pour les travailleurs européens.
J’occupe le poste de Secrétaire Général de la CES depuis environ dix huit mois - et partout où je vais en Europe on retrouve les mêmes sentiments d’insécurité et l’impression que les choses ont échappé à tout contrôle.
Dans les quinze « vieux » états membres, la peur c’est que « les gens restent, les emplois partent ». Des emplois qui émigrent, à travers les délocalisations, vers des endroits à bas salaire ; et la crainte que de nouveaux demandeurs d’emplois soient prêts à accepter de travailler aux termes et aux conditions imposés.
Dans les nouveaux états membres qui subissent les énormes changements de l’après communisme, existe un sentiment encore plus grand d’insécurité et de peur du fait de l’arrivée de gigantesques sociétés occidentales. Bien sûr, ces sociétés créent des emplois mais c’est au prix de l’élimination de la concurrence locale et des emplois existants de longue date. En même temps, nombre d’entre eux parmi les plus brillants et les meilleurs émigrent pour travailler à l’Ouest.
L’Europe n’est donc pas dans une bonne passe actuellement. Ce sentiment d’insécurité, ce chômage élevé, et cette inquiétude pour l’avenir imprègnent le climat actuel - climat qu’exploite l’extrême droite, la droite raciste.
Ce climat est encore assombri par des politiciens sans vergogne dans certains états membres et au niveau de l’Union Européenne.
La seule réponse au problème qu’apportent les chefs d’Etat et ceux qui font la politique européenne est une réponse néo libérale.
Américaniser l’Europe, embaucher et licencier plus et plus facilement, travailler jusqu’à l’épuisement, avoir des horaires de travail plus lourds, diminuer les retraites, instaurer des systèmes de protection sociale à bon marché, moins de services publics et des négociations collectives affaiblies.
C’est leur message fondamental - et c’est un coup de poignard dans le cœur pour tout syndicaliste et travailleur européen.
Pourquoi ? Parce que nous constituons un obstacle aux régressions sociales que ce nouveau consensus veut mettre en oeuvre.
C’est nous qui élevons un rempart entre l’Europe actuelle et un futur néo libéral. Nous ne sommes pas seuls, nous avons des alliés, mais la responsabilité centrale nous incombe.
Nous ne pouvons plus compter sur des amis de longue date. Car de façon perverse, les leaders de l’approche néo libérale sont précisément les gouvernements sociaux démocrates de l’Angleterre et de l’Allemagne. Le gouvernement français a, comme vous le savez bien, son propre programme d’action sur le temps de travail. Il est le sens de notre action, dans chaque pays en Europe.
Nous vivons des époques de défis, aucun syndicaliste ne doit sous estimer la situation.
Même si ces défis sont importants nous devons malgré tout aller à la bataille avec confiance et détermination. Ce sont des combats que nous pouvons gagner. Nous sommes assez forts pour cela.
Nous avons des armes puissantes bien à nous. Nous sommes, sans doute, la force organisée la plus importante, la mieux implantée en Europe.
Un Premier Ministre de l’Union européenne a dit « nous savons tous ce que nous devons faire mais nous ne savons pas comment gagner les élections une fois que c’est fait ».
La force de l’Europe, notre première alliée, c’est la démocratie, le droit de vote est un atout des travailleurs et des travailleuses.
Face à l’insécurité, les peuples d’Europe attendent de leurs gouvernements qu’ils les rassurent et qu’ils les soutiennent. Mais aujourd’hui, cette démocratie doit être étendue aux relations sociales au choix économique, sociaux, environnementaux.
Cette appréciation qui a motivé la prise de position de la CES sur le traité constitutionnel.
Si les référendums sont positifs dans les dix pays qui y recourent, nous aurons une nouvelle Constitution pour l’Union Européenne. Cela nous aidera.
Je suis les débats en France avec beaucoup d’intérêt mais j’hésite à m’en mêler.
Mais nous n’avons rien à gagner à la pratique de la confusion.
Par exemple, il est faux de dire que « Bolkestein , délocalisation, Constitution, même logique » comme certains l’affirment.
Nous avons été le premier à dénoncer la directive Bolkestein, des syndicats Belges et la CES ont organisé une manifestation à Bruxelles le vingt cinq novembre dernier, les syndicats Suédois ont aussi réagi immédiatement. Les Français se sont aussi mobilisés. Malgré la volte face du Président Barroso qui doit être un excellent navigateur pour le Vendée-Globe, la Commission a pris en compte notre opposition. La directive sera revue, nous comptons bien continuer à exercer la pression auprès de la Commission, des gouvernements et au Parlement. La directive Bolkestein est à terre mais nous ne la laisserons pas se relever.
Depuis mille neuf cent cinquante sept, la Constitution sera le meilleur dispositif que nous ayons jamais eu dans l’Union Européenne et sera une amélioration importante par rapport au traité de Nice et aux traités précédents.
Il y a des engagements positifs sur le plein emploi et sur le dialogue social. Et il y a la reconnaissance de la notion au service d’intérêt général qui nous invite à reprendre nos actions pour une directive cadre pour les services publics en Europe. La Constitution intègre la Chartre européenne des droits fondamentaux dans sa totalité. Le gouvernement britannique a essayé d’en limiter l’impact mais même des experts juridiques indépendants pensent qu’ils n’y sont pas parvenus.
La Charte donne des garanties sur les droits à se syndiquer et à faire grève. Ces principes vont sceller des droits dans les vieux états membres et surtout, ils vont forcer les nouveaux états membres, comme ceux à venir à l’exemple de la Turquie, à intégrer ces droits. Ceci est une avancée massive en faveur de la démocratie et du syndicalisme en Europe et nous ne devons pas en minimiser l’importance, car elle est un point d’appui dans le cadre des négociations au niveau mondial.
Nous avons fait campagne en faveur de l’inclusion de la Charte dans le Traité de Nice. Nous n’y sommes pas parvenus. Cette fois-ci nous avons réussi. Mon collègue de la CES Joël Decaillon en a bien exprimé toute la mesure dans l’article qu’il a signé dans « Le Monde ».
En fait voter lors du referendum revient à poser la question : préférons nous le Traité de Nice à la nouvelle Constitution ? Bien sûr que non. Nous aurions aimé plus d’Europe sociale dans la nouvelle Constitution mais il y en a déjà plus que dans le traité de Nice.
Le syndicalisme doit souvent s’opposer pour défendre les intérêts des travailleurs, mais il doit s’appuyer sur les avancées lorsqu’il y en a. C’est cela qui nous rend efficaces et crédibles. Nous ne sommes pas là pour agiter les peurs. Car comme vous dite en France : la peur est mauvaise conseillère. Nous traversons des temps difficiles, mais concernant la Directive sur les Services - Bolkestein -et la Constitution, nous avons réalisé des avancées.
J’espère que les travailleurs pourront être informés de notre point de vue lors du débat pour ce référendum en mai.
Bien sûr, nous avons essayé d’aller plus loin que ce que nous avons finalement obtenu. C’est comme cela que font toujours les syndicats. Le Gouvernement britannique aussi a essayé d’aller plus loin que ce qu’il a obtenu. Et il est totalement faux de prétendre que la nouvelle Constitution s’aligne sur le modèle anglo-américain. Si ce n’est pas une Constitution pour une Europe fédérale, ce n’est pas non plus une Constitution pour un capitalisme effréné.
Je salue donc la position positive de l’UNSA avec laquelle je suis tout à fait d’accord et je souhaite que votre referendum se passe bien.
Autre chose - si la France vote contre la Constitution, il n’y aura pas de stratégie alternative pour l’Union européenne. Elle sera paralysée, pour un temps indéterminé, tandis que les vingt cinq pays se gratteront la tête sans savoir que faire.
Toutes les politiques sociales seront arrêtées. Toutes les politiques environnementales seront interrompues.
Mais ce qui ne s’arrêtera pas c’est l’affairisme, les délocalisations, les restructurations et les privatisations. Le capitalisme international n’a pas besoin d’une Constitution ; mais nous OUI - et le texte actuel n’est non seulement une réelle avancée mais c’est bien le seul qui soit à notre disposition en ce moment et pour un avenir proche.
Monsieur le Secrétaire Général, telles sont les positions de la CES sur la Constitution.
Mais notre activité ne s’arrête pas là. Nous sommes touchés par les changements, mais nous n’en sommes pas les victimes passives. Les délocalisations, nous pouvons les combattre : en renforçant les exigences sur les entreprises pour qu’elles assument davantage de responsabilités en ce qui concerne l’information, la consultation et la responsabilité sociale.
Les pays nordiques nous montrent que même les délocalisations, si elles sont bien contrôlées, peuvent avoir des résultats positifs. Récemment j’ai été invité par le syndicat danois LO et j’ai visité la ville de Herning qui est le centre de l’industrie textile danoise.
En vérité, je ne savais pas que le Danemark avait encore une industrie textile mais j’ai découvert qu’il y a pratiquement autant d’employés dans cette industrie qu’il y en avait il y a cinq ans et que les salaires moyens ont presque doublé au cours de ces cinq années.
Tout ceci s’est fait avec la négociation de l’accord et le soutien des syndicats.
Il y a bien de la sous-traitance à l’étranger mais elle est contrôlée et il y a un gros investissement dans l’avenir des textiles danois.
Comme les syndicats danois, nous devons utiliser encore plus les comités d’entreprise européennes pour avoir une meilleure influence dans les grandes entreprises internationales.
Et ceci m’amène à mon deuxième et dernier point.
On nous pousse toujours à regarder de l’autre côté de l’Atlantique et à admirer le modèle américain. L’Amérique fait d’excellentes choses mais l’absence de protection sociale, la faiblesse des syndicats, le fossé entre les riches et les pauvres et l’hostilité envers toute question sociale constituent d’énormes failles dans le paysage américain.
Ce modèle n’est pas le modèle européen.
Nous avons nos propres forces sur lesquelles nous pouvons construire. Nos voisins nordiques nous montrent le chemin de la négociation collective, de l’amélioration du bien-être public et d’un sens aigu du service public. La syndicalisation y est élevée et la négociation collective forte.
Alors mon message aujourd’hui à Nantes aux états membres et à l’Union européenne est de « regarder vers le Nord et pas vers l’Ouest ». L’Europe peut le faire et elle peut le faire à sa façon.
Ce sera notre message samedi dans les rues de Bruxelles où nous manifesterons pour plus et de meilleurs emplois, contre Bolkestein et pour l’Europe sociale.
Notre voie est celle qui va de l’avant. Merci de votre soutien.
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